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Saturday, January 21, 2012

Fersen. Le baiser de Narcisse


Après la réédition remarquée de Lord Lyllian. Messes noires (1905) par Jacques d'Adelsward-Fersen, les éditions QuestionDeGenre/GKC inaugurent l'année  2012 en rééditant, du même auteur, Le Baiser de Narcisse dans sa version illustrée par Brisset (1912).

On se souvient que Fersen est le fondateur de la première revue homosexuelle française (Akademos, 1909).

Ce cahier de 80 pages est disponible dès maintenant à la librairie “Les Mots à la Bouche”, 6 rue Sainte-Croix de la Bretonnerie à Paris (75004) au prix de 14 €

ou par commande franco de port = chèque de 14 euros libellé à GKC à adresser à Patrick Cardon c/o Faria, 37 rue Gabrielle94220 Charenton-le-Pont
 
 


Thursday, July 14, 2011

Formosus pastor ardebat Alexim


Jean-Xavier de Combeloup (vers 1980)
Portrait
(collection personnelle)


"Petit berger, je t'aime à cause du sourire
Dont ta lèvre fleurit comme un jour de printemps;
Je t'aime pour ton regard où mon âme s'étend
Pleine du doux sommeil que ta langueur m'inspire.

Je t'aime aussi à cause de ta svelte finesse,
De tes cheveux bouclés plus sombres que la nuit;
Vers ce rêve, je crois, mon rêve s'est évanoui
Et des mots de passion me disent ta caresse; 

J'ai pour toi des parfums et des apothéoses
Je t'aime ainsi qu'un dieu enfantin et rieur...
Petit berger, voici mes yeux, ravis mon coeur,
Demain, si tu le veux, j'aurai un lit de roses."


Jacques Adeswärd Fersen, L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier éditeur, 1902,  p. 17

Saturday, June 4, 2011

La légende passionnée (Jacques Adeswärd-Fersen)



"Pardonne-moi de t'écrire au hasard des sentiments qui me troublent et qui me grisent, en écoutant les voix qui chantent l'amour, un amour nouveau, si blanc et si clair, qu'il semble être né d'une fleur de cristal. Puisque l'on dit que c'est c'est un mal à contagion délicieuse, tu as peut-être deviné que je t'aime sans attendre que je te l'aie dit... Jusqu'ici j'ai été mon chemin, tout simplement ému par ma pensée intérieure où se reflétait un peu de ton coeur. J'ai attendu que les regards s'aimantent à un contact plus doux que les baisers. Toujours à ton approche j'ai ressenti l'impression de voix très lointaines qui m'environnaient d'une atmosphère d'amour; j'entendais comme l'écho de vieux cantiques tout ruisselants de tendresse inexprimée: Et voici maintenant que je laisse ces voix te dire: je t'aime ! légères comme des oiseaux.

Je t'aime... Je t'aime...! si tu savais à quel point, tu aurais à ton tour de l'émotion pour moi. Car il me semble que je t'ai voulu ainsi dans mon inconscience et que déjà, au rêve des nuits anciennes, j'ai vu tes yeux. Ce sont tes yeux, tes jolis yeux de violette qui m'ont agenouillé, tes yeux si jolis qu'ils doivent parfumer l'air. Et vers eux j'élève la douce offrande de moi-même, avec le geste impudique et vainqueur des héros d'autrefois  !"

Jacques Adeswärd-Fersen, Ebauches et Débauches, Paris, Librairie Léon Vanier, 1901, p. 3-4.

Saturday, May 14, 2011

Autour de Jacques d'Adelswärd-Fersen (1880-1923)

Vendredi 27 mai 2011, 19 heures 


La librairie Les Mots à la Bouche (Paris)
les éditions GayKitschCamp/Question de genre et Quintes-feuilles
vous invitent à une rencontre sur le thème
Pédérastie et efféminement dans la littérature fin-de-siècle
Autour de Jacques d'Adelswärd-Fersen (1880-1923)





   A l'occasion de la réédition de 
Une Jeunesse/La Neuvaine du petit faune et Lord Lyllian 
les éditeurs
Jean-Claude Féray (Quintes-feuilles)
et Patrick Cardon (GayKitschCamp/Question de Genre),
spécialisés dans la réédition de textes écrits à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle,

viendront présenter le travail littéraire et journalistique du fondateur d'Akademos, première revue homosexuelle française. 
Lord Lyllian est un roman  à clefs où se rencontrent les sommités homosexuelles de la fin du XIX : Oscar Wilde, Lord Alfred Douglas, JohnGray, Jean Lorrain, Joseph Péladan, Achille Essebac, Robert de Montesquiou, Friedrich Krupp, Fersen lui-même, ainsi que leurs égéries, les actrices Ellen Terry et Sarah Bernhard. L'auteur les met en scène avec des dialogues très "camp" que Wilde n'aurait pas reniés, dans des poses mélodramatiques à souhait.
Le roman Une jeunesse et les poèmes réunis sous le titre La neuvaine du petit faune  rassemblent les hommages que l'auteur a rendus aux trois grands amours de sa vie. Trois amours rencontrées à des moments distincts de son existence, et qui ont compté, de ce fait, à des titres très dissemblables.
Par ailleurs, GayKitschCamp sort une nouvelle édition de deux bestsellers qui n'étaient plus disponibles depuis plusieurs mois :
Pédérastie active et Pédérastie passive
-----------------------------
Librairie
Les Mots à la Bouche
6 rue Sainte-Croix-de-la-Bretonnerie, 75004 Paris, métro Hôtel de Ville
www.motsbouche.com / tél : 01 42 78 88 30

Friday, May 6, 2011

Un petit faune (Fersen)



"J'avais rêvé l'amour plus beau que ton pays...
Parfumé, comme avril, dans un patio d'Espagne,
Un amour douloureux, mais qui vous accompagne
Comme un violoncelle en prière, la nuit...

J'avais rêvé son coeur plus chaste qu'un ciboire,
Je voulais adorer son hostie à genoux...
Et ce rêve était vrai et ce rêve est si doux,
Que l'oubli aux doigts purs efface la mémoire....

Mais l'adieu, Corrado !
                                      Que l'on saigne à partir
Sans avoir respiré — extase et fin suprêmes —
Ta langueur, ta jeunesse — et cette âme que j'aime

Comme un dernier bouquet cueilli pour en mourir"

Jacques d'Adelswärd-Fersen
poème extrait de "La Neuvaine du petit faune"
Editions Quintes-feuilles, Paris,  2010, p. 153.

Sunday, February 27, 2011

Vient de paraître: Jacques d'Adelswärd-Fersen, Messes Noires. Lord Lyllian



Nous avons déjà rencontré Jacques d'Adelswärd-Fersen à plusieurs reprises dans ce blog, notamment à travers ses beaux poèmes. 

C'est avec plaisir que nous signalons la réédition de son roman Messes Noires. Lord Lyllian aux éditions GayKitschCamp. 



Le succès de Jacques d’Adelswärd-Fersen (1880-1923) ne se dément pas. Les éditions originales ou anciennes de ses livres se vendent aujourd’hui à des prix remarquables. Je lui ai consacré en 1991 un dossier, enrichi en 1993, qui permet de com prendre dans quel contexte polémique son œuvre s’est développée. On doit à Mirande Lucien d’avoir donné une image assez exacte d’Akademos, revue que Fersen a fondée en 1909 et soutenue toute l’année et qui peut à juste titre être considérée comme la première revue homosexuelle française. Jean-Claude Féray a attiré notre attention sur son œuvre littéraire aux éditions Quintes-feuilles. Alors qu’il vient de publier Jeunesse (1907), je suis heureux d’avoir enfin pu mettre la dernière main à cette réédition de Lord Lyllian (1905).

Lord Lyllian est un roman à clefs où se rencontrent les sommités homosexuelles de la fin du XIXe : Oscar Wilde, Lord Alfred Douglas, John Gray, Jean Lorrain, Joséphin Péladan, Achille Essebac, Robert de Montesquiou, Friedrich Krupp — et Fersen lui-même — ainsi que leurs égéries les actrices Ellen Terry et Sarah Bernhard. Les amateurs de ces personnages devenus de véritables icônes se réjouiront de la manière dont Adelswärd-Fersen les met en scène avec des dialogues très camp que Wilde n’aurait pas reniés et dans des poses mélodramatiques à souhait. J’espère que, comme moi, vous tomberez amoureux de Lord Lyllian, dans une nouvelle édition portée par d’éminents spécialistes respectivement de la littérature homosexuelle et de la littérature décadente, Jean-Claude Féray et Jean de Palacio.

Patrick Cardon

17 €                                                                                 
ISBN 978-2-908050-68-4

Disponible à partir du 1er mars aux librairies Les Mots à la Bouche, 75004 et Comme un roman 75003 Paris



Wednesday, December 22, 2010

Un poème pour Pasquale


"Viens bercer mes regrets: 
Nos pensers, en secret,
Etouffent de présages...

Dans tes yeux j'ai revu
Les vaisseaux disparus
Vers de bleus paysages !

Sur les lacs de ton corps
Leurs lents sillages d'or
Avaient l'air de poursuivre

Un tendre oiseau marin
Que mon rêve orphelin
Escortait d'un vol ivre...

Nous irons, si tu veux,
Plus tristes et plus vieux 
Jusqu'à des Birmanies

Où tout fait tant souffrir
De beauté, de désir
Et d'ardente jeunesse,

Qu'on hume sur la peau 
L'opium des sanglots
Aux inertes sagesses ! "

Jacques d'Adelswärd-Fersen, "Nostalgiques", dans: Ainsi chantait Marsyas, Poèmes, Florence et Paris, Librairie Léon Vanier, Editeur, 1907, p. 33-34

Tuesday, November 30, 2010

Les Extatiques


"Chantez-moi doucement
La langueur des amants 
Solitaires...
Chantez-moi, voulez-vous, 
Le malheur d'être un fou 
Sur la terre...

Dites-moi comme ils ont
Par les nuits de mousson
Parfumée,
Gémi au bord des mers
Au souvenir amer
Des aimées...

Est-il vrai qu'on les voit
Comme écoutant des voix
Invisibles?
Et que leurs yeux déçus
Rêvent à leur insu
L'impossible?

Nul n'entre-t-il jamais 
Dans le deuil des palais
Où l'on pleure?
Moi aussi j'ai souffert
J'ai connu le désert
Dont ils meurent:

C'est pourquoi doucement
Chantez-moi les amants
Solitaires,
Chantez-moi, voulez-vous,
Le malheur d'être un fou
Sur la terre!..."


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 17-18.

Nino


"Ton nom, c'est de la lumière
Et du ciel bleu,
Un fil de soleil en prière
Au fond des yeux...

C'est la langueur italienne
Dans un baiser
Autour duquel mon âme vienne
Agoniser...

C'est le parfum suave et triste
Des morts de fleurs,
De ces fleurs rares qui n'existent 
Qu'en notre coeur !

Et c'est l'appel aux voix lointaines
De ces pastours
Qui dans la campagne Romaine
Chantent sur les pipeaux leurs peines
Au long du jour...!


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 8-9.

Saturday, March 13, 2010

Mélancolie (Jacques Fersen)


"Ce matin j'ai rêvé près des fleurs du jardin,
Et ma peau a gardé l'odeur des fleurs légères,
Respires-en sur moi la douceur éphèmère,
Nos baisers sembleront des perles en écrin.

Ce matin j'ai rêvé près de l'eau murmurante,
Où luisaient des bijoux qui tombaient du soleil,
Et mon amour pour toi, à ces bijoux pareil,
Frissonne dans mon coeur sa chanson enivrante.

Ce matin j'ai rêvé sous les grands arbres verts,
Et la brise en passant se vêtissait de soie,
J'en ai gardé la lente et délicieuse joie,
Et pour toi mon désir est un ciel entr'ouvert.

Ce matin j'ai rêvé près des maisons désertes,
Ton sourire est venu comme pour les vêtir,
Des fleurs de ma passion et des fleurs du désir,
Que respirait mon âme au seuil des portes vides."

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 85-86.

Friday, March 12, 2010

Souvenir (Jacques Fersen)



La douceur moite et claire de tes lèvres câlines
A laissé sur ma bouche une saveur de fruit,
Qui torture et fait naître au milieu de la nuit 
Comme de très vagues appels de mandolines.

Je me sens triste et seul et j'ai besoin de toi,
Comme un enfant malade a besoin de sa mère
Et si Dieu le voulait, pour toute lumière
Qu'il m'accorde tes yeux, luminaires de foi !

Par instant, la douleur, dans l'ombre évocatrice;
Se réveille, semblable au spectre de la mort, 
Et mes mains sont sans force, et mon âme s'endort
Brisée par ta Beauté pourtant libératrice !

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 45

Sunday, February 21, 2010

Le portrait du Louvre (Jacques Fersen)

"O toi, dont la fraîcheur nous entr'ouvre
Tout un nouveau pays d'amour,
Portrait de Raphaël au Louvre,
Lèvres de page, yeux de velours,
Mon rêve va vers toi, toujours,
C'est toujours toi que je découvre,
O Raphaël !

Je me figure qu'à Florence,
Où dit-on tu fis ce portrait, 
Les belles dames en souffrance
Devaient te trouver fort bien fait....
Mais moi, ignore ma démence,
O Raphaël !

A moins que te changeant en page,
En mince page au rire clair, 
Tu n'animes ta blonde image
D'un frisson courant sur ta chair,
En me donnant ta lèvre en gage,
O Raphaël !"

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 40-41.

Saturday, February 20, 2010

Anges de rêve, Princes de nacre (Jacques Fersen)



"Anges rêveurs de Carpaccio,
Lointains et doux joueurs de viole
Dont le regard fervent s'envole
Vers où s'envolent les oiseaux,

Pages aux longues boucles blondes,
Le corps serré dans les damas,
Pages câlins de Mantegna,
Qui partent conquérir le monde,

Enfants Jésus de Raphaël
Dont les doigts fins aux feux des cierges,
Caressent tendrement la Vierge
Ou tiennent de très vieux missels, 

Gestes légers et lignes frêles,
Sexe inconnu, sauf dans le ciel,
Où tous vivent près du soleil,
Bien moins encor la fleur que l'aile,

O clair tryptique d'Adonis !"

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 37-38.


Thursday, February 18, 2010

Kyrie Eleison (Jacques Fersen)


Dans tes yeux assombris par les chagrins d'Amour
Je regarde briller et mourir des étoiles:
Ton regard est la mer où fuyèrent des voiles.
La voile a disparu, la mer reste toujours.

Dans tes yeux furieux par la haine d'Amour
Je regarde passer des caresses lointaines:
Ton regard est le ciel plus doux qu'une fontaine,
Les nuées sont parties, le ciel reste toujours.

Mais dans tes yeux cruels, indifférents d'Amour,
La mer s'est desséchée et le ciel devient vide,
Et c'est comme un désert embrasé et splendide
Où vivait autrefois un joli roi d'un jour !

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 20.

Saturday, February 6, 2010

Jacques Adeswärd-Fersen - Les Bucoliques.


"Grèce, ô rivage clair, patrie du doux soleil,
O mère des parfums, des gaités et des roses,
Toi que les voyageurs saluent toujours à cause
Du souvenir épars sur tes coteaux vermeils,

Tu ne créas jamais de ton ciseau splendide
Une statue plus belle ou un enfant plus blond
Que le berger Daphnis dont sur le Pélion
J'ai gardé les troupeaux et les rêves candides.

Pendant des jours d'oubli, à l'ombre de son coeur,
J'ai goûté la langueur d'adorer sans le dire:
Oh ! moi qui frissonnais rien qu'à le voir sourire,
Il partit ignorant de ma lourde douleur !

Car depuis qu'il est loin, que j'ai perdu son charme,
Je suis comme un héros retenu prisonnier,
Mes membres sont d'argile et mes yeux ont brillé
Sans pouvoir ressaisir la poignée de mes armes.

... Grèce, ô rivage clair, patrie du doux soleil,
Rends à ma nostalgie, à mon désir qui chante
Le berger, l'enfant blond dont la beauté me hante
Et dont les yeux sont purs encor plus que ton ciel !"

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, pp. 11-12.

Tuesday, January 26, 2010

Jacques Adeswärd-Fersen - T'en souvient-il ?


Ce fut un murmure,
Ce fut un délire,
Son de toutes lyres,
Dans l'azur !

Ce fut une pluie
De roses très fines.
Presque mousselines,
Sur la nuit.

Ce fut une aurore,
Une aurore étrange,
Où passaient des anges
Aux yeux d'or.

Ce fut — il effleure —
Un parfum d'ivresse,
Union de caresse
Et de fleurs,

Et parmi les ailes,
Ces odeurs légères,
Parmi ces voix claires,
Un appel !

Oh ! douceurs, rosée,
Chansons, espérance,
L'amour à sa naissance:
Ton baiser !

... Ce fut un murmure,
Ce fut un délire,
Son de toutes lyres
Dans l'azur.

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis, Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, pp. 77-78

Tuesday, January 19, 2010

Fersen - Chanson Chaste



"Dans tes bras je veux m'endormir,
Mes jeunes rêves ont sommeil:
Comme un rayon de soleil,
Dans tes bras je veux m'endormir...

Tu berceras l'enfant poète,
Tu lui diras des chansons douces,
Avec ta tendre voix de source,
Tu berceras l'enfant poète.

Demain matin quand les oiseaux
S'envoleront aux alentours,
Sur ton front, des baisers d'amour,
Tu poseras, petit oiseau!...

Si par hasard je ne m'éveille,
Si ma prunelle restait close,
Tu me coucheras sous des roses,
Si jamais plus je ne m'éveille:

Dans tes bras je veux m'endormir,
Mes jeunes rêves ont sommeil !"

Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis, Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 167-168.

Saturday, January 9, 2010

Caresses (Fersen)



"J'aime errer dans les bois lorsque la lune est douce,
Et pose au ciel coquet son bijou argenté,
J'aime errer dans les bois pleins de mauves clartés
Et de fleurs endormies sur le berceau des mousses.

Parfois le vent s'élève et comme un chant d'adieu
Où la tristesse aux joies se mêle et se rappelle,
Apporte au voyageur avec des frissons d'ailes
La beauté contenue dans l'infini ciel bleu.

Alors contre une haie aux verdoyants pilastres
Je m'étends pour rêver des bonheurs enfuis,
Et les yeux égarés et les sens éblouis
Je cherche à distinguer tes yeux parmi les astres."

Baron Jacques d'Adelswärd-Fersen, Ebauches et débauches,
Paris, Librairies Léon Vanier, Editeur, 1901, p. 65.

Monday, December 21, 2009

Pour te revoir passer (Fersen)



"Pour te revoir passer,
Dans ton joli sourire,
Pour un soir de délire,
Pour pouvoir t'embrasser,

J'aurais donné les astres
Qui brillent au ciel bleu,
Pour un seul de ces astres,
Qui brillent dans tes yeux.

Pour ta légère pose,
Et puis pour ta fraîcheur,
J'aurais cueilli des roses:
Les roses sont tes soeurs.

Pour tes lèvres si fines,
J'aurais meurtri mon coeur,
Enivré de douceur,
Pour tes lèvres gamines,

Mais puisqu'en un seul jour
C'est la fin du poème,
Et que ce mot: je t'aime,
Tu l'ignoras toujours,

Je t'offre ma prière,
Comme à l'ange entrevu,
Et mes yeux qui t'ont vu
Gardent ta lumière.

Si par hasard.. des fois...
Mon histoire lointaine
Arrive jusqu'à toi,
Oh, jusqu'à toi, ma peine,

Rien qu'un regret, un pleur,
Calmera ma souffrance,
Et même dans l'errance,
Calmera ma douleur.

Car pareil au grand ciel,
Qu'un nuage fit sombre,
Ton souvenir dans l'ombre
Me rendra le soleil !
"
Jacques d'Adelsward-Fersen
L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier, Editeur
1902
p. 156-157..

Sunday, December 20, 2009

"Viens, donne-moi ton coeur comme un bijour d'amour" (Fersen)



"Nous nous serons aimés chastement, en silence,
Et seuls nos yeux d'enfant auront compris l'aveu
Que nos doigts murmuraient à se frôler un peu,
Comme sur du cristal une fleur qu'on balance.

Nulle vaine parole, oh, nul serment menteur
Ne frémiront en nous aux ruptures prochaines,
Et ce sera sans honte et sans tardive peine
Que nous écouterons se souvenir nos coeurs !

Seulement, aux soirs clairs remplis de voix qui tintent,
Et de chansons voilées on croirait par la nuit, —
Tu reverras, muets, mes yeux qui t'auront dit
Tout un amour immense en des splendeurs éteintes."



Jacques d'Adelsward-Fersen
L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier, Editeur
1902
p. 207.