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Thursday, July 14, 2011

Formosus pastor ardebat Alexim


Jean-Xavier de Combeloup (vers 1980)
Portrait
(collection personnelle)


"Petit berger, je t'aime à cause du sourire
Dont ta lèvre fleurit comme un jour de printemps;
Je t'aime pour ton regard où mon âme s'étend
Pleine du doux sommeil que ta langueur m'inspire.

Je t'aime aussi à cause de ta svelte finesse,
De tes cheveux bouclés plus sombres que la nuit;
Vers ce rêve, je crois, mon rêve s'est évanoui
Et des mots de passion me disent ta caresse; 

J'ai pour toi des parfums et des apothéoses
Je t'aime ainsi qu'un dieu enfantin et rieur...
Petit berger, voici mes yeux, ravis mon coeur,
Demain, si tu le veux, j'aurai un lit de roses."


Jacques Adeswärd Fersen, L'Hymnaire d'Adonis
Paris, Librairie Léon Vanier éditeur, 1902,  p. 17

Tuesday, July 5, 2011

Drawing and Photography


"Dear Jean-Xavier de Combeloup,

Thanks so much for sending me this drawing. It is illuminating the wall of my bedroom, in my Taormina house, Piazza San Domenico... I could almost regret I did not spend more energy in learning the art of painting, and that I chose to devote myself to photography, this modern and mechanic art. Your drawing is unique... My photographs could be reproduced in many copies, even if each print has its own material features... Walter Benjamin, a German like me, wrote a beautiful text about the status of art in the age of mechanic reproduction...

My photographs are a window towards an horizon, towards a gaze, towards an obvious frame, a contrast, black and white, light and shade.

Your drawings, dear Jean-Xavier, have other qualities... I like in them what is indefinite, what is just a sketch, I love the blurred aura around the outlines of a body, between black, red and white... I love too the perfect pose, the languidness of the body as well as the gaze's acuity, the skin velvety as well as the shades' gradation, the smoothness of the chest as well as the lips expression, half-closed, half-open, just silent before expressing, perhaps, a few loving words...

Just like me, you read Strato and Theocritus, Ovid and Plato, and you dreamt about Alcibiades and about Antinoos as well, and about all the young shepherds who inspired Arcadian dreams...

Desire is just a particular hamonic, through which some pictures are vibrating to the gaze, my photographs, sometimes, your drawings, quite often...

There is no desire without an horizon... There is no beauty that cannot inspire desire... There is no desire if one is unable to listen to beauty... women, men, young men, some human beings allow this music to be heard... Looking at is listening to... One cannot desire without loving music, without loving silence...

Yours, as always,

Wilhelm von Gloeden"

Von Gloeden Archive, Letter from W. von Gloeden to J.X. de Combeloup, date unknown, call number: special request 0123.

Dessin et photographie



"Cher Jean-Xavier de Combeloup,

Merci de m'avoir envoyé ce dessin. Il illumine le mur de ma chambre, dans ma maison de Taormina, Piazza San Domenico... Vous me faites presque regretter de ne pas avoir persévéré dans la voie de la peinture, et d'avoir choisi cet art nouveau et mécanique qu'est la photographie. Votre dessin est unique... Mes photographies peuvent être reproduites en série, même si chaque photographie a son grain propre... Walter Benjamin, mon compatriote, a écrit de belles pages sur le statut de l'art à l'âge de la reproduction mécanique...

Mes photographies s'ouvrent sur un horizon, sur un regard, sur l'évidence d'un cadre, d'un contraste, noir et blanc, de la lumière et de l'ombre.

Vos dessins, cher Jean-Xavier, ont d'autres qualités... J'aime en eux l'indéfini et l'esquisse, l'aura imprécise qui entoure les contours d'un corps, entre noir, rouge et blanc... J'aime la perfection de la pose, la langueur comme l'acuité du regard, le velouté de la peau comme le dégradé des ombres, le satiné de la chair comme la moue des lèvres, mi-refermées sur un silence qui précède peut-être des mots d'amour...

Comme moi, vous avez lu Straton et Théocrite, Ovide et Platon, vous avez rêvé d'Alcibiade comme d'Antinoos, et de tous les jeunes bergers qui ont inspiré les rêves de l'Arcadie...

Le désir est cette harmonique particulière qui fait vibrer certaines images, mes photographies parfois, vos dessins souvent...

Il n'y a pas de désir sans horizon... Il n'est pas de beauté qui ne puisse inspirer le désir... Il n'est pas de désir qui ne sache écouter la beauté... femmes, hommes, garçons, certains êtres font entendre cette musique... Le regard est une écoute... Il n'est pas de désir sans l'amour de la musique, sans l'amour du silence...

Votre affectionné

Wilhelm von Gloeden"

Von Gloeden Archive, Letter from W. von Gloeden to J.X. de Combeloup, date unknown, call number: special request 0123.

Sunday, December 19, 2010

Le Saint-Sébastien de Jean-Xavier de Combeloup


J'aime la simplicité de ce dessin de Jean-Xavier de Combeloup. Cette esquisse de Saint-Sébastien, tout en grâce alanguie et douloureuse, oscille entre la représentation classique du supplicié et la table d'anatomie. Les flèches pointent différents lieux du corps, et les désignent d'une lettre: anagramme de la mort et de l'érôs, invitation au regard pensif, aimanté par le beau visage résigné, par les courbes d'un corps juvénile, par la mélancolie sensuelle d'un archétype mythique qui irradie l'imaginaire européen des mille harmoniques d'un certain désir.

Merci à Nicole Canet.

Sur Jean-Xavier de Combeloup: voir le Catalogue d'exposition Du Vésuve à l'Atlas. Dessins, pastels, peinturesici


I love the simplicity of this drawing by Jean-Xavier de Combeloup. This sketch of Saint-Sebastien, in a graceful, languished and suffering pose, is somewhere in between the classical depiction of the martyr and an anatomical plates. Arrows are pinpointing various places of the body and naming them with a letter: these letters compose like an anagram of death and eros, they call for a meditative gaze, a gaze magnetized by this beautiful and resigned face, by the curves of a juvenile body, by the sensual melancholy of a myth deeply rooted into the European cultural imagination and irradiating it with the harmonics of a subtle desire.

Thanks to Nicole Canet.

Re. Jean-Xavier de Combeloup, you could buy the Exhibition catalogue From Vesuvius to Atlas. Drawings, pastels, paintingshere


Tuesday, August 11, 2009

Un éphèbe lecteur

 

Comment ne pas partager, ne pas prolonger les rêveries et les mémoires méditerranéennes de Jean-Xavier de Combeloup, du Vésuve à l'Etna ? Chaque dessin de l'exposition de la Galerie "Au bonheur du jour", qui nous permet de découvrir cet univers, est une invitation au voyage, dans le temps, dans l'espace, dans les réminiscences littéraires et artistiques.

Cet éphèbe à la tranquille beauté attique a le visage incliné et absorbé dans la contemplation de ce qu'il tient en main: est-ce un livre ? Ou un oiseau ? Les écrits s'envolent parfois aussi, comme les mots sortis de la bouche...

Il me plait d'imaginer qu'il s'agit d'un éphèbe lecteur, appartenant à notre monde du livre de poche que l'on peut tenir en main, et non au Ve siècle avant J.-C., où lire mobilisait deux mains pour faire défiler un texte écrit en colonnes sur le rouleau de papyrus.

Ephèbe lecteur, donc, ici et ailleurs, dont le beau corps dénudé s'offre à notre regard tandis que son regard à lui est absorbé dans la lecture du texte que nous ne voyons pas. Il oublie la présence de l'artiste, il oublie notre présence à nous, qui regardons le dessin de l'artiste, il est dans son monde à lui: son immobilité sereine, l'inclinaison de son visage, l'acuité des yeux et les lèvres entr'ouvertes, le léger déhanchement du corps suggèrent un temps en suspension et la rencontre paradoxale de deux désirs, l'un pour le livre, l'autre pour le lecteur.

Qu'il me soit permis de renvoyer mes lecteurs à un texte magnifique, à lire et savourer, écrit par Olivier Bruley et posté sur le blog de Dominique Autié, un homme de grande culture qui trop tôt s'en est allé, blog qui restera en ligne, on l'espère, jusqu'à la fin des temps.

Dominique Autié - Les garçons sont des livres par Olivier Bruley

Monday, August 10, 2009

Beau visage mélancolique



J'aime la beauté de ce visage mélancolique, oeuvre de Jean-Xavier de Combeloup exposée dans la Galerie parisienne "Au bonheur du jour" et que vous pouvez retrouver dans le beau catalogue Du Vésuve à l'Atlas. Des rivages d'Italie à ceux d'Afrique du nord, d'une montagne à l'autre, c'est un même monde, méditerranéen, juvénile et sensuel qui est exploré par cet artiste jusque là  fort discret.

Ce visage est plein de douceur, dans l'inclination de la tête, dans les yeux noirs que je devine embués, dans les lèvres entr'ouvertes, pour un adieu, un soupir ou un baiser. Le visage et la chevelure brune reflètent les soleils du sud.

Moment d'intimité et d'émotion, offert par un portrait au regard inoubliable...

Saturday, August 8, 2009

Eos, Rose, Erôs, Ors: Aurore aux doigts de rose





Ce superbe dessin est présenté dans l'exposition "Du Vésuve à l'Atlas" consacrée à Jean-Xavier de Combeloup dans la Galerie parisienne "Au bonheur du jour" (voir lien ci-contre).

La légende proposée par l'artiste convient tout à fait à ce buste d'adolescent androgyne, saisi peut-être au moment de l'éveil, lorsque les yeux sont encore lourds des rêves de la nuit et que les lèvres hésitent entre la moue et le sourire. 

Tadzio du lever du jour à la grâce indéfinissable, il offre au spectateur le mystère de son regard absorbé vers l'intérieur, du geste arrêté d'un bras qui s'étire, d'un doigt pointé vers le ciel, d'un drapé  jeté sur l'épaule.

Jeune Apollon saisi au moment du lever solaire, Antinous figé à jamais dans les mémoires d'Hadrien, éphèbe né de tant de rêves et de visions...

J'aime l'impression de temps suspendu qui se dégage de cet éveil serein.

Regarder un tel tableau prolonge les rêves de la nuit à la lumière du jour... 

Thursday, August 6, 2009

L'éphèbe de Combeloup



Ce beau dessin témoigne des références grecques de Jean-Xavier de Combeloup: ici, le classicisme d'un Polyclète plus que les courbes sensuelles d'un Praxitèle. Ce jeune homme incarne une certaine perfection éphébique, avec son port de tête altier et tendre à la fois, la grâce de ses épaules, la musculature qui modèle le torse et resserre la taille, un imperceptible déhanchement, enfin, induit par l'appui du corps sur la jambe gauche.

Pourquoi l'artiste a-t-il après coup décidé de rayer les avant-bras et de les couvrir de noir sans tout à fait les dissimuler ?

Cet éphèbe sculptural a été mutilé, non par les outrages du temps, mais par le jugement de l'artiste.

Ce voile noir montant de l'extrémité des doigts jusqu'au-dessus du coude m'a fait un instant penser à des gants longs en soie légèrement translucide qui donneraient à notre jeune homme la féminité paradoxale d'une drag queen d'aujourd'hui, se contemplant au miroir de notre regard dans la première étape de son habillage ou au terme de son effeuillage...

Wednesday, August 5, 2009

About Jean-Xavier de Combeloup


If you are fond of vintage homoerotic photography and art (Von Gloeden, Von Plüschow, Vincenzo Galdi..), you should visit the Art Galery "Au bonheur du Jour" in Paris (11 rue Chabanais, 75002 Paris) or visit its website:

AU BONHEUR DU JOUR - Fine Art Gallery, Paris -Photographies anciennes, Vintage Photographies XIXth & XXth century

Its latest exhibition is devoted to a XXth French artist, Jean-Xavier de Combeloup, who travelled through Mediterranean countries, inspired by Greek and Latin traditions as well as by the vision of Baron Von Gloeden or the quest of Roger Peyrefitte.

Combeloup's drawings and paintings offer a unique artistic vision of the young male beauty, between creative variations around  Classical and Neo-Classical references and a kind of intimate visual diary of a young lover and artist fascinated by ephebs of the Antique tradition as well as by boys of his time, met in Italy, Sicily or Egypt.

Beauty, desires, memory, these unique and rare drawings should create many harmonics and feelings among contemporary viewers, especially those who are sensitive to the Arcadian utopia that inspired Gloeden and so many other artists...

Jean-Xavier de Combeloup - Du Vésuve à l'Atlas



Si vous passez par Paris, en ce mois d'août, ne manquez pas les derniers jours de la superbe exposition consacrée à Jean-Xavier de Combeloup par la Galerie "Au Bonheur du Jour" (11 rue Chabanais - 75002 Paris), animée par Nicole Canet, qui depuis plusieurs années, avec courage et talent, invite à découvrir ou redécouvrir l'art de la photographie érotique du début du XXe siècle, féminine ou garçonnière (Von Gloeden, Vincenzo Galdi, Von Plüschow, Lehnert & Landrock, Chatelain...), ainsi que les dessins d'artistes comme Jean Boullet ou Gaston Goor. 

Chacune des expositions de la Galerie "Au Bonheur du Jour"  est accompagnée d'un catalogue à tirage limité, qui offre généreusement les reproductions des oeuvres présentées, en impression de grande qualité.


Je ne connaissais pas Jean-Xavier de Combeloup. Le catalogue de l'exposition nous apprend que cet artiste découvrit très tôt sa vocation, en composant des petits recueils de poésie illustrés dès l'âge de 12 ans. Interne dans un collège de garçons, il suivit une formation de lettres classiques, sans entrain, est-il dit. Du moins acquit-il l'amour du grec et du latin, le virus d'un certain rêve méditerranéen immortalisé par Théocrite, Virgile ou Straton de Sardes, dont les belles poésies garçonnières se déploient dans le livre XII de l'Anthologie Palatine, qu'il convient de lire, comme Combeloup, en grec, et non dans les traductions modernes, trop souvent affadies par des hellénistes sourds à la musique qui se dégage de ces épigrammes du désir. 

Jeune adolescent, notre artiste avait découvert dans le grenier du château familial une collection de 42 épreuves albuminées du baron von Gloeden, héritées du marquis d'Yzumes, son grand-oncle, qui avait fait le voyage de Taormina (son voyage de noces !).

J'imagine la surprise de cette découverte, l'étonnement, la fascination, les harmoniques sensibles...

Bachelier à l'âge de 17 ans, Jean-Xavier part pour l'Italie, gagne sa vie comme garçon de café tout en suivant des cours de dessins dans les académies de Florence et de Rome. Il fut à bonne école.

Ce talent et ce savoir-faire artistiques, il les mit à profit pour saisir dans leur beauté les garçons des rivages méditerranéens de son temps, sur les pas de Von Gloeden, de Roger Peyrefitte et d'autres nostalgiques des Arcadies perdues. Italie, Sicile, Afrique du Nord, Egypte...? Un périple dans le sillage de tant d'artistes et de lettrés, en quête de paradis perdus...



Peintures, pastels ou dessins, les oeuvres exposées sont autant d'odes visuelles à la jeune beauté masculine, vue ou rêvée à travers les canons de la tradition antique et de ses réinterprétations modernes dans l'art de photographes comme Von Gloeden et Von Plüschow.

Ephèbes pensifs aux poses alanguies, ragazzi aux yeux sombres, garçons rêvés comme à travers la chambre noire de Gloeden, beauté des corps juvéniles saisie dans le vif d'un croquis ou le halo d'un souvenir, koûroi grecs qui ont pris vie, le temps de se figer sous le crayon de l'artiste.... Entre-deux d'une rencontre, archive d'un désir, mémoire d'un éveil ou d'une caresse, musique des sens, prégnance d'une pose du corps ou d'une moue du visage, inoubliables...

Les dessins de Jean-Xavier de Combeloup participent d'un art de la mémoire et sont autant de fragments sensibles d'un journal amoureux...

Chacun  de ces dessins a une âme et une histoire, comme le suggèrent les carnets de l'artiste, exposés sans qu'on puisse les feuilleter, qui racontent, devine-t-on, de longs voyages dans les mondes de la beauté, du désir et de la mémoire....

Ces dessins parlent et chantent, du moins à mes yeux...