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Thursday, December 31, 2009

Essebac sur le David de Verrochio (Florence, Uffizi)


"Et parmi ces bronzes où la Renaissance païenne entreprit de ressusciter — et fut un moment sur le point d'y parvenir — les chefs-d'oeuvre de l'antiquité, je veux m'arrêter un instant devant le David de Verrochio.

Ah ! la délicieuse fantaisie et le caprice charmant dans la sérénité de l'adolescent, le poignet replié sur le flanc à gauche, et la main droite ferme au pommeau du glaive justicier ! Non, ce n'est pas la noblesse d'un être poussé jusqu'à l'effacement de soi et magnifié dans une quasi-divinité. C'est l'être lui-même. C'est le gamin des rues fringant et batailleur, mais dont les épaules infléchies refuseraient encore la cuirasse de Saül; dont les reins joueurs ne ceindraient point la pesante épée d'Israël, ni la tête élégante le lourd casque d'airain. Je ne me souviens plus où nous fûmes servis un soir, à dîner, par un jeune drôle de dix-sept ans, aux formes amenuisées, qui cheminait alertement de la table au dressoir. Sa marche accentuait la longueur flexible de ses jambes en train de conquérir la robuste maîtrise des muscles; un pantalon étroit moulait ses hanches et révélait les ondulations fermes où le dos se retire pour prendre l'élan cambré qui tend les épaules masculines et les bras blancs très souples. Pas homme encore, plus enfant déjà, l'ambiguïté de son doux visage ajoutait à l'indécision de sa beauté. Et la virilité de son corps, pourtant, frémissait d'impatience — d'aimer ou d'être désirée ?... Je pus connaître seulement qu'il était le fils de la maison; ses yeux noirs étaient d'un père Italien tandis que de sa mère Allemande il tenait la fraîcheur du teint, la rougeur appétissante des lèvres et l'or des cheveux; le tout patiné de cette morbidesse italienne sans égale, je pense.

Or, des mercenaires allemands jadis passèrent ici; leurs joies charnelles ont dû laisser à Verrochio, peut-être, la même grâce attendrie de ce garçon très svelte, très réel et très séduisant...

Le bronze élancé du maître Florentin me fait songer à l'inutile beauté de ce jeune homme, et celui-là me plaît dans la neuve image de celui-ci.

Ce soir dont je parle, j'avais été seul à le considérer.

"... Alors le Philistin regarda, et vit David, et le méprisa; car c'était un jeune homme, blond et beau de visage." (I Samuel, XVII, 42, 43).

Achille Essebac, Partenza... vers la beauté, p. 237-239.

Tuesday, December 29, 2009

Essebac sur Apollino (Uffizi, Firenze)


"Aussi charmant que l'Apollon de Tibulle, l'Apollon de la Tribune a les seize ans de son frère de Naples; et si l'ouvrier sublime dont le ciseau tailla dans le marbre cette fraîche adolescence pouvait entendre un reproche, ce serait assurément pour avoir donné trop de grâce troublante à cet éphèbe joli comme une jolie fille. Il en a presque les formes onduleuses et souples et parfaitement unies, les jambes et les hanches rondes et masculines pourtant, le corps si pudique simplement offert aux regards dans l'éclat de sa triomphante nudité, avec, sur les lèvres, le demi-sourire conscient de cette beauté frêle qui l'a fait surnommer l'Apollino".

Achille Essebac, Partenza... vers la beauté,  p. 231.

Friday, December 25, 2009

Essebac sur le Saint Jean d'Andrea del Sarto (Florence, Palazzo Pitti)



"Le Saint Jean adolescent dont le jeune corps posé de si naturelle et charmante façon est le rameau nécessaire, la tige vigoureuse d'où s'élève, épanouie, la tendre floraison du visage d'une si tranquille harmonie; oh ! les grands yeux noirs et profonds cueillis peut-être dans quelque immonde vicolo napolitain; les boucles vagabondes de la splendide chevelure; et la bouche à la fois impérieuse et aimante, et toute cette chair dont le coloris patiné par les siècles est bruni comme les membres d'un rude gars parfaitement beau, robuste et plein de santé. Andrea del Sarto en a noyé les contours dans l'imprécision molle d'une obscurité voulue dont s'empare et se modèle davantage encore jusqu'au plus petit détail de cette figure vraiment jeune, radieuse et belle, de ce corps pareil au torse nu d'un pâtre latin, vigoureux et sensuel."

Achille Essebac, Partenza ... vers la beauté, 1903, p. 250.