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Tuesday, July 26, 2011

Anonymous poem: A Faun meets a Taormina shepherd


"In the most remote areas of Taormina's wilderness,
Young shepherds met fauns and satyrs, Pan and Dionysos,
Hidding behind a rock, vanishing in a flash, a flash of light.

Most of the time they were mere illusions, a reflection of the sun,
A mirage in Taormina's wilderness, at the peak of the hot wave,
Or just a noise of a rock falling down from a cliff...

But Pasqualino met a faun, a real faun, sitting on a rock,
Far away from the usual paths of Taormina's young shepherds,
So far that he was in the middle of nowhere...

"Are you a god or just an illusion ?", asked Pasqualino.
"Did I love you a long time ago, I am sure I know you",
Answered the faun with his Dionysiac horns...

"Cute shepherd of Taormina, please, play a melody for me,
A melody from your reed flute, perhaps I will sing one for you,
A song of love, of the love of gods for Taormina's shepherds...

Please, have a seat on this rock, beside me, let us sing and dream,
Hope and remember, love and be loved, let me tell you the legend of fauns,
Please tell me the story of your life, where you are from, what you dream about..."

And Pasqualino played the most beautiful of the tunes the boys of Taormina know,
A music wide as an horizon, deep as eyes, sensitive as a caressing hand,
A music of longing and sorrow, of dream and hope, of loneliness and communion.

Wilhelm von Gloeden's camera obscura was able to catch the magic of this encounter,
The encounter of a Faun and of a young shepherd from Taormina,
At the turn of a century, at the threshold of two worlds, reality and imagination.

While looking at this photograph, forever I can listen to this forgotten melody,
To the melody of Fauns meeting young shepherds in the most remote wilderness,
Of Fauns falling in love with them, and crossing the invisible border,

The border between gods and humans, between dream and reality,
Between hope and memory,
So far, so deep, at this crossroads where a lover meet his loved one".


Anonymous poet, around 1907, Von Gloeden Archive, 1907, call number 1907/Anon/12

Saturday, January 2, 2010

Eros est un papillon



Cher Baron von Gloeden,

J'ai bien reçu vos voeux et je vous en remercie. Je vous souhaite moi aussi une très bonne année 2010, où que vous soyez.

Vous me posez un certain nombre de questions auxquelles je vais essayer de répondre. D'où vient mon intérêt pour Taormina ?  Pourquoi vos photographies m'inspirent-elles tant de rêveries ?  Pourquoi suis-je à ce point fasciné par le vintage ?

Il est vrai qu'à l'âge du WWW et dans le royaume du .jpeg, vos tirages albuminés semblent appartenir à la préhistoire de l'image numérique. Et en un temps où tant de blogs et de sites web invitent à voir des jeunes gens fort dénudés et engagés dans toutes sortes de jeux, vos photographie d'éphèbes à demi voilés semblent tout à fait has been...

Et pourtant... Ce qui me fait rêver est moins ce qui est montré en pleine lumière que ce qui est laissé à imaginer... Chacune de vos photographies invite à imaginer une histoire, à dire des mots d'amour, à réveiller des souvenirs oubliés...  Le désir, selon moi, se nourrit aussi de la distance, distance dans le temps, distance dans la représentation, qui met son objet, son sujet, de l'autre côté du miroir.

Il est vrai que votre imagerie m'inspire un désir teinté de nostalgie, un rêve anachronique où vos beaux modèles ne seraient pas que des ombres évanescentes...

Chacune de vos photographies est un tableau poétique et sensible, chacun de vos modèles est une ombre éphémère, comme tout être en cette terre, mais aussi un instantané de formes et de lumière éternel, comme les mots des poèmes qui peuvent survivre à la mort elle-même...

Cher Baron, les jeux du rêve et du désir, de la mémoire et de la sensualité, du langage et du regard ne seront sans doute jamais totalement élucidés, tant ils sont intimes et personnels.

Ces jeux me conduisent actuellement vers Taormina, sa lumière, ses arbres et ses garçons en fleurs. Vos photographies, cher Baron, font vibrer mes rêves et ma mémoire...

Eros est un papillon, cher Baron, on ne fait que courir, la main tendue, sa vie durant, pour attraper l'objet du désir et un jour on comprend que le plus important est de courir, et non d'attraper...

Butterfly



Tuesday, December 29, 2009

Incidents



J'aime la mélancolie et la vérité de cette page de Roland Barthes, extraite de Soirées de Paris, une sorte de journal intime tenu entre le 24 août et le 17 septembre 1979...

I love the melancholy and the truth of this page by Roland Barthes, and excerpts from Soirées de Paris (Evenings in Paris), a kind of intimate diary written between August 24 and September 17, 1979. I try to provide my English speaking readers with a rough translation below.



"17 Septembre 1979,

Hier, dimanche, Olivier G. est venu déjeûner; j'avais donné à l'attendre, l'accueillir, le soin qui d'ordinaire témoigne que je suis amoureux. Mais, dès le déjeûner, sa timidité ou sa distance m'intimidait; aucune euphorie de relation, loin de là. Je lui ai demandé de venir à côté de moi sur le lit pendant ma sieste; il est venu très gentiment, s'est assis sur le bord, a lu un livre d'images; son corps était très loin, si j'étendais le bras vers lui, il ne bougeait pas, renfermé: aucune complaisance; il est d'ailleurs vite parti dans l'autre pièce. Une sorte de désespoir m'a pris, j'avais envie de pleurer. Je voyais dans l'évidence qu'il me fallait renoncer aux garçons, parce qu'il n'y avait pas de désir d'eux à moi, et que je suis ou trop scrupuleux ou trop maladroit pour imposer le mien; que c'est là un fait incontournable, avéré par toutes mes tentatives de flirt, que j'en ai une vie triste, que, finalement, je m'ennuie, et qu'il me faut sortir cet intérêt, ou cet espoir, de ma vie (Si je prends un à un mes amis — à part ceux qui ne sont plus jeunes —, c'est chaque fois un échec: A., R., J.-L. P., Saül T., Michel D. — R.L., trop court, B. M. et B. H., pas de désir, etc). Il ne me restera plus que les gigolos. (Mais que ferais-je alors pendant mes sorties ? Je remarque sans cesse les jeunes hommes, désirant tout de suite en eux, d'être amoureux d'eux. Quel sera pour moi le spectacle du monde ?) — J'ai joué un peu de piano pour O., à sa demande, sachant dès lors que j'avais renoncé à lui; il avait ses très beau yeux, et sa figure douce, adoucie par ses longs cheveux: un être délicat mais inaccessible et énigmatique, à la fois doux et distant. Puis je l'ai renvoyé, disant que j'avais à travailler, sachant que c'était fini, et qu'au-delà de lui quelque chose était fini: l'amour d'un garçon".

Roland Barthes, Incidents, Paris, Seuil, 1987, p. 115-116.

"Yesterday, sunday, Olivier G. came for lunch. The way I waited for him and welcomed him usually testifies I am in love. But, during the lunch, his shyness or his distance intimidated me. It was very far from a euphoric relationship. I asked him to come and sit beside me on the bed during my nap; he came willingly enough, sat on the edge of the bed, looked at an art book; his body was very far away — if I stretched out an arm toward him, he didn't move, uncommunicative: no obligingness; moreover he soon went into the other room. A sort of despair overcame me, I felt like crying. How clearly I saw that I would have to give up boys, because none of them felt any desire for me, and I was either too scrupulous or too clumsy to impose my desire on them; that is an unavoidable fact, averred by all my efforts at flirting, that I have a melancholy life, that, finally, I am bored to death by it and I should forget this interest or this hope... (...) I will get only hustlers. (But what will I do during my walks ? I always notice young men, and I immediately desire to be in them, to be in love with them. How will the world look like to me ?) — I played some piano for O., at his request, but I knew that I already dropped him; he had his very beautiful eyes, his tender face, made so tender by his long hairs: he was a delicate boy, but out of reach and enigmatic, sweet and distant at the same time. At last, I sent him away, I told him I had some work to do: I knew it was the end and that beyond him, sometimes has ended: the love of a boy".

For a more literary translation, see... the official one
Roland Barthes, Incidents, Berkeley, University of California Press, 1992.

Monday, August 3, 2009

Regard



J'aime l'élégante nonchalance de la pose de ce garçon, adossé contre un mur blanc, prenant appui sur sa jambe droite pendant que la jambe gauche est repliée de manière à créer un léger déhanchement, trop subtil pour ne pas avoir été mis en scène par Von Gloeden. La main gauche empêche de glisser un tissu qui, de l'épaule à la hanche, voile autant qu'il encadre un beau buste dont le soleil révèle le tendre modelé.

Une couronne (de lierre ?) entremêlée à la chevelure donne une tonalité dionysiaque à un beau visage que je devine bronzé par le soleil des collines de Taormina. Ce qui me frappe est l'acuité du regard fixant l'objectif, et derrière celui-ci, Von Gloeden, absorbé dans la prise de vue, et derrière Von Gloeden, vous et moi, un siècle plus tard, qui regardons cette photo.

Le charme de cette dernière vient à mes yeux du contraste entre la feinte décontraction de la pose et ce regard perçant, qui interroge, avec intelligence, le désir du photographe et de ceux que fascinera cette photographie.

A ce désir, curieux, lucide, attentif, éveillé et peut-être inquiet, cet éphèbe s'est prêté volontiers, jouant de la séduction de sa beauté et d'un drapé qui cache autant qu'il dévoile...