Sunday, December 19, 2010

Dans le jardin de von Gloeden / In von Gloeden's garden


"Mon jardin est un coin de paradis, un jardin de paradis, un paradeisos comme celui des rois Perses que décrivent Hérodote, Ctésias ou Xénophon. Mon paradis à moi est à Taormina, son soleil parfois africain, sa végétation et ses fleurs, sa terre et sa lumière.

Ici, tout est couleurs et parfums, c'est un jardin d'Eden, le jardin d'Adonis.



Mes bergers et mes paysans ne sont jamais nus, ils sont habillés d'ombre et de lumière, ils sont beauté et innocence, dans les jardins d'une longue histoire, dans les jardins de ma mémoire.

Carpe diem. Cueille le moment présent, le bonheur d'un jour, la jeunesse qui s'enfuit, la beauté qui s'oublie.

Mon appareil photographique saisit la vérité d'un jour, la vérité de toujours, l'être derrière les apparences, la beauté d'un corps, la beauté en soi.

Mes photographies sont le reflet de ce qui n'est plus, de ce qui est toujours: une beauté, une innocence, un instant, une éternité".

Von Gloeden Archive, Private notebook page, call number 1902/06/03.






"My garden is like a place in paradise, a garden in paradise, a paradeisos, like the gardens of Persian kings described by Herodotus, Ctesias or Xenophon. My own, my private paradise is Taormina, with its sun, sometimes an African sun, with its vegetation and its flowers, with its soil and its light.


Here, colors and perfumes are everywhere, it is the garden of Eden, the garden of Adonis.


My shepherds and my peasants are never nude, always shade and light are their clothes. They are mere beauty and innocence, in the gardens of a long story, in the gardens of my memory.






Carpe diem. Just try to catch the present time, today happiness, youth flying away, beauty before it is forgotten.


My camera catches the truth of a day, an eternal truth, being beyond mere appearances, a body's beauty, beauty by itself. 


My photographs mirror what is no more, what stays for ever: beauty, innocence, an instant, eternity".


Von Gloeden Archive, Private notebook page, call number 1902/06/03.

Le Saint-Sébastien de Jean-Xavier de Combeloup


J'aime la simplicité de ce dessin de Jean-Xavier de Combeloup. Cette esquisse de Saint-Sébastien, tout en grâce alanguie et douloureuse, oscille entre la représentation classique du supplicié et la table d'anatomie. Les flèches pointent différents lieux du corps, et les désignent d'une lettre: anagramme de la mort et de l'érôs, invitation au regard pensif, aimanté par le beau visage résigné, par les courbes d'un corps juvénile, par la mélancolie sensuelle d'un archétype mythique qui irradie l'imaginaire européen des mille harmoniques d'un certain désir.

Merci à Nicole Canet.

Sur Jean-Xavier de Combeloup: voir le Catalogue d'exposition Du Vésuve à l'Atlas. Dessins, pastels, peinturesici


I love the simplicity of this drawing by Jean-Xavier de Combeloup. This sketch of Saint-Sebastien, in a graceful, languished and suffering pose, is somewhere in between the classical depiction of the martyr and an anatomical plates. Arrows are pinpointing various places of the body and naming them with a letter: these letters compose like an anagram of death and eros, they call for a meditative gaze, a gaze magnetized by this beautiful and resigned face, by the curves of a juvenile body, by the sensual melancholy of a myth deeply rooted into the European cultural imagination and irradiating it with the harmonics of a subtle desire.

Thanks to Nicole Canet.

Re. Jean-Xavier de Combeloup, you could buy the Exhibition catalogue From Vesuvius to Atlas. Drawings, pastels, paintingshere


Friday, December 17, 2010

Poésie sicilienne


Au loin, la silhouette de l'Etna perdue dans la brume,  entre la terre et le ciel.

Le rivage découpe la terre et caresse la mer d'une frange blanche: ce sont les bâtiments et les constructions de la modernité sicilienne, ils suivent le tracé de la route et du chemin de fer, au seuil du XXe siècle.

Des branches d'amandier griffent le ciel de leurs bourgeons en fleurs. Ils rappellent les fulgurances des calligraphies chinoises, où mille signes naissent au passage d'un pinceau.

Au premier plan, une scène bucolique et intemporelle, rêvée par Virgile ou peut-être Théocrite.

Deux bergers adolescents font face à l'éternité. L'un joue sur une flûte de roseau une très ancienne mélodie, le chant du vent et de la terre, des rochers et des arbres en fleur. L'autre est allongé, pensif, il écoute le chant du vent et de la terre, le souffle du roseau plaintif comme une voix.

Beauté des corps, modelés par l'ombre et la lumière, tendresse des bustes, fuselé des jambes lisses, visages bruns.

Devant eux, hors champ, le photographe, derrière son appareil bien stable sur son trépied.

D'une voix douce, avec un geste de la main qui semble flotter sur la musique et dans la lumière, Wilhelm von Gloeden murmure:

"Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi
silvestrem tenui Musam meditaris auena;
nos patriae finis et dulcia linquimus arua.
nos patriam fugimus; tu, Tityre, lentus in umbra
formosum resonare doces Meliboeum silvas."

"Couché sous le vaste feuillage de ce hêtre, tu essayes, ô Tityre, un air champêtre sur tes légers pipeaux. Et nous, chassés du pays de nos pères, nous quittons les douces campagnes, nous fuyons notre patrie. Toi, Tityre, étendu sous de frais ombrages, tu apprends aux échos de ces bois à redire le nom du beau Mélibée."

Saturday, December 4, 2010

Memmingen Exhibition (2008)


Censored
Without censorship

Where is immorality ?

Where is pornography ?

Why such a scandal ?

The Gloeden Scandal (Memmingen, 2008)

En 2008, le Kunsthalle de Memmingen (Bahnhofstrasse 1) organisa une magnifique exposition sur l'oeuvre du baron von Gloeden: 400 photographies environ furent présentées, dont une grande partie provenait de la collection de Heinz-Peter Barandun. Un historien de la photographie, le Dr. Fritz Franz Vogel, et un professeur de littérature, le Dr. Joseph Kiermeier-Debre, étaient les concepteurs de l'exposition.

Cette exposition fit scandale et l'Office de la jeunesse de la ville de Memmingen tenta de la faire interdire. L'objet du scandale ? Les photographies de garçons nus, intolérables, immorales, faisant la propagande de la pédérastie, sinon de la pédophilie. Les journaux locaux furent inondés de lettres de protestation, des citoyens bien-pensants firent venir la police à l'exposition.

L'exposition de Memmingen ne fut pas fermée: il n'y avait rien d'immoral, rien de pédophile, rien de pornographique.

Le "politiquement correct" et le nouvel ordre moral devraient conduire à fermer tous les musées, à censurer les statues grecques et romaines comme les nus académiques. Cachez-moi tous ces corps que la morale ne saurait regarder de face... Corps féminins et surtout masculins, ces derniers suscitant tous les fantasmes homophobes.

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In 2008, the Kunsthalle of the Memmingen city in Germany (Bahnofstrasse 1) organized a magnificent exhibition devoted to von Gloeden's photographic work: around 400 photographs were on display, most of them from the collection of Heinz-Peter Barandun. The two curators of the exhibition were Dr. Fritz Franz Vogel, an historian of photography and a University professor of literature, Dr. Kiermeier-Debre.

This exhibition caused a scandal and the Office of Youth in the city of Memmingen tried to close it down. What was so scandalous ? Photographs of naked young men, so immoral, such a propaganda for pederasty or, let say it, of pedophilia. Local newspapers received many letters of protest, and citizens even called the police to visit the exhibition !

The Memmingen exhibition was not closed, because there was indeed nothing immoral, pedophile or pornographic.

Political correctness and the new moral order should logically lead to the closing of all the museums, to the censorship of Greek and Roman statues and of all the academic nudes as well. Please, hide all these bodies that moral should not look at ! Female bodies, or rather, mainly, male bodies, because they are awakening so many deep, homophobic fantasms....





Wilhelm von Gloeden - Auch Ich in Arkadien - Kunsthalle Memmingen (2008 exhibition)

Merci beaucoup à mon ami Jean-Pierre pour m'avoir autorisé à reproduire ses photographies sur mon blog.

Many thanks to my friend Jean-Pierre for allowing me to use his photographs on this blog.










Wilhelm von Gloeden - Auch Ich in Arkadien - Kunsthalle Memmingen (2008 exhibition)







Wednesday, December 1, 2010

Salomé: Knabe nach v. Gloeden


A boy inspired by von Gloeden.
A drawing signed by Salome (19)88

Tuesday, November 30, 2010

Les Extatiques


"Chantez-moi doucement
La langueur des amants 
Solitaires...
Chantez-moi, voulez-vous, 
Le malheur d'être un fou 
Sur la terre...

Dites-moi comme ils ont
Par les nuits de mousson
Parfumée,
Gémi au bord des mers
Au souvenir amer
Des aimées...

Est-il vrai qu'on les voit
Comme écoutant des voix
Invisibles?
Et que leurs yeux déçus
Rêvent à leur insu
L'impossible?

Nul n'entre-t-il jamais 
Dans le deuil des palais
Où l'on pleure?
Moi aussi j'ai souffert
J'ai connu le désert
Dont ils meurent:

C'est pourquoi doucement
Chantez-moi les amants
Solitaires,
Chantez-moi, voulez-vous,
Le malheur d'être un fou
Sur la terre!..."


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 17-18.

Nino


"Ton nom, c'est de la lumière
Et du ciel bleu,
Un fil de soleil en prière
Au fond des yeux...

C'est la langueur italienne
Dans un baiser
Autour duquel mon âme vienne
Agoniser...

C'est le parfum suave et triste
Des morts de fleurs,
De ces fleurs rares qui n'existent 
Qu'en notre coeur !

Et c'est l'appel aux voix lointaines
De ces pastours
Qui dans la campagne Romaine
Chantent sur les pipeaux leurs peines
Au long du jour...!


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 8-9.