Sunday, December 19, 2010

Le Saint-Sébastien de Jean-Xavier de Combeloup


J'aime la simplicité de ce dessin de Jean-Xavier de Combeloup. Cette esquisse de Saint-Sébastien, tout en grâce alanguie et douloureuse, oscille entre la représentation classique du supplicié et la table d'anatomie. Les flèches pointent différents lieux du corps, et les désignent d'une lettre: anagramme de la mort et de l'érôs, invitation au regard pensif, aimanté par le beau visage résigné, par les courbes d'un corps juvénile, par la mélancolie sensuelle d'un archétype mythique qui irradie l'imaginaire européen des mille harmoniques d'un certain désir.

Merci à Nicole Canet.

Sur Jean-Xavier de Combeloup: voir le Catalogue d'exposition Du Vésuve à l'Atlas. Dessins, pastels, peintures : ici


I love the simplicity of this drawing by Jean-Xavier de Combeloup. This sketch of Saint-Sebastien, in a graceful, languished and suffering pose, is somewhere in between the classical depiction of the martyr and an anatomical plates. Arrows are pinpointing various places of the body and naming them with a letter: these letters compose like an anagram of death and eros, they call for a meditative gaze, a gaze magnetized by this beautiful and resigned face, by the curves of a juvenile body, by the sensual melancholy of a myth deeply rooted into the European cultural imagination and irradiating it with the harmonics of a subtle desire.

Thanks to Nicole Canet.

Re. Jean-Xavier de Combeloup, you could buy the Exhibition catalogue From Vesuvius to Atlas. Drawings, pastels, paintings: here


Friday, December 17, 2010

Poésie sicilienne


Au loin, la silhouette de l'Etna perdue dans la brume,  entre la terre et le ciel.

Le rivage découpe la terre et caresse la mer d'une frange blanche: ce sont les bâtiments et les constructions de la modernité sicilienne, ils suivent le tracé de la route et du chemin de fer, au seuil du XXe siècle.

Des branches d'amandier griffent le ciel de leurs bourgeons en fleurs. Ils rappellent les fulgurances des calligraphies chinoises, où mille signes naissent au passage d'un pinceau.

Au premier plan, une scène bucolique et intemporelle, rêvée par Virgile ou peut-être Théocrite.

Deux bergers adolescents font face à l'éternité. L'un joue sur une flûte de roseau une très ancienne mélodie, le chant du vent et de la terre, des rochers et des arbres en fleur. L'autre est allongé, pensif, il écoute le chant du vent et de la terre, le souffle du roseau plaintif comme une voix.

Beauté des corps, modelés par l'ombre et la lumière, tendresse des bustes, fuselé des jambes lisses, visages bruns.

Devant eux, hors champ, le photographe, derrière son appareil bien stable sur son trépied.

D'une voix douce, avec un geste de la main qui semble flotter sur la musique et dans la lumière, Wilhelm von Gloeden murmure:

"Tityre, tu patulae recubans sub tegmine fagi
silvestrem tenui Musam meditaris auena;
nos patriae finis et dulcia linquimus arua.
nos patriam fugimus; tu, Tityre, lentus in umbra
formosum resonare doces Meliboeum silvas."

"Couché sous le vaste feuillage de ce hêtre, tu essayes, ô Tityre, un air champêtre sur tes légers pipeaux. Et nous, chassés du pays de nos pères, nous quittons les douces campagnes, nous fuyons notre patrie. Toi, Tityre, étendu sous de frais ombrages, tu apprends aux échos de ces bois à redire le nom du beau Mélibée."

Saturday, December 4, 2010

Memmingen Exhibition (2008)


Censored
Without censorship

Where is immorality ?

Where is pornography ?

Why such a scandal ?

The Gloeden Scandal (Memmingen, 2008)

En 2008, le Kunsthalle de Memmingen (Bahnhofstrasse 1) organisa une magnifique exposition sur l'oeuvre du baron von Gloeden: 400 photographies environ furent présentées, dont une grande partie provenait de la collection de Heinz-Peter Barandun. Un historien de la photographie, le Dr. Fritz Franz Vogel, et un professeur de littérature, le Dr. Joseph Kiermeier-Debre, étaient les concepteurs de l'exposition.

Cette exposition fit scandale et l'Office de la jeunesse de la ville de Memmingen tenta de la faire interdire. L'objet du scandale ? Les photographies de garçons nus, intolérables, immorales, faisant la propagande de la pédérastie, sinon de la pédophilie. Les journaux locaux furent inondés de lettres de protestation, des citoyens bien-pensants firent venir la police à l'exposition.

L'exposition de Memmingen ne fut pas fermée: il n'y avait rien d'immoral, rien de pédophile, rien de pornographique.

Le "politiquement correct" et le nouvel ordre moral devraient conduire à fermer tous les musées, à censurer les statues grecques et romaines comme les nus académiques. Cachez-moi tous ces corps que la morale ne saurait regarder de face... Corps féminins et surtout masculins, ces derniers suscitant tous les fantasmes homophobes.

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In 2008, the Kunsthalle of the Memmingen city in Germany (Bahnofstrasse 1) organized a magnificent exhibition devoted to von Gloeden's photographic work: around 400 photographs were on display, most of them from the collection of Heinz-Peter Barandun. The two curators of the exhibition were Dr. Fritz Franz Vogel, an historian of photography and a University professor of literature, Dr. Kiermeier-Debre.

This exhibition caused a scandal and the Office of Youth in the city of Memmingen tried to close it down. What was so scandalous ? Photographs of naked young men, so immoral, such a propaganda for pederasty or, let say it, of pedophilia. Local newspapers received many letters of protest, and citizens even called the police to visit the exhibition !

The Memmingen exhibition was not closed, because there was indeed nothing immoral, pedophile or pornographic.

Political correctness and the new moral order should logically lead to the closing of all the museums, to the censorship of Greek and Roman statues and of all the academic nudes as well. Please, hide all these bodies that moral should not look at ! Female bodies, or rather, mainly, male bodies, because they are awakening so many deep, homophobic fantasms....





Wilhelm von Gloeden - Auch Ich in Arkadien - Kunsthalle Memmingen (2008 exhibition)

Merci beaucoup à mon ami Jean-Pierre pour m'avoir autorisé à reproduire ses photographies sur mon blog.

Many thanks to my friend Jean-Pierre for allowing me to use his photographs on this blog.










Wilhelm von Gloeden - Auch Ich in Arkadien - Kunsthalle Memmingen (2008 exhibition)







Wednesday, December 1, 2010

Salomé: Knabe nach v. Gloeden


A boy inspired by von Gloeden.
A drawing signed by Salome (19)88

Tuesday, November 30, 2010

Les Extatiques


"Chantez-moi doucement
La langueur des amants 
Solitaires...
Chantez-moi, voulez-vous, 
Le malheur d'être un fou 
Sur la terre...

Dites-moi comme ils ont
Par les nuits de mousson
Parfumée,
Gémi au bord des mers
Au souvenir amer
Des aimées...

Est-il vrai qu'on les voit
Comme écoutant des voix
Invisibles?
Et que leurs yeux déçus
Rêvent à leur insu
L'impossible?

Nul n'entre-t-il jamais 
Dans le deuil des palais
Où l'on pleure?
Moi aussi j'ai souffert
J'ai connu le désert
Dont ils meurent:

C'est pourquoi doucement
Chantez-moi les amants
Solitaires,
Chantez-moi, voulez-vous,
Le malheur d'être un fou
Sur la terre!..."


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 17-18.

Nino


"Ton nom, c'est de la lumière
Et du ciel bleu,
Un fil de soleil en prière
Au fond des yeux...

C'est la langueur italienne
Dans un baiser
Autour duquel mon âme vienne
Agoniser...

C'est le parfum suave et triste
Des morts de fleurs,
De ces fleurs rares qui n'existent 
Qu'en notre coeur !

Et c'est l'appel aux voix lointaines
De ces pastours
Qui dans la campagne Romaine
Chantent sur les pipeaux leurs peines
Au long du jour...!


Jacques d'Adleswärd-Fersen
Ainsi chantait Marsyas, Poèmes
Florence et Paris, Librairie Leon Vanier, Editeur, p. 8-9.

Monday, November 29, 2010

Bucoliques / Bucolics



"Taormina, c'est le rocher et l'arbre, le ciel et la mer, le chant des cigales et la lumière qui les relient. Le paysage est un poème silencieux, mais il raconte des histoires au photographe qui sait l'écouter. Je regarde longuement les paysages de Taormina avant de choisir la toile de fond de mes photographies. 

Je connais tous les chemins de la montagne, grâce aux bergers et aux chasseurs de Taormina"

"Taormina is nothing but rocks and trees, sky and sea:  cicadas' songs and light create the link between them. Landscape is a silent poem, but it tells so many stories to the photographer who knows how to listen to it... I spend so much times contemplating Taormina's landscapes, before choosing the background of my photographs.

I am familiar with all the paths of the mountain, thanks to Taormina's shepherds and hunters"


"Taormina, c'est le rocher et l'arbre, le ciel et la mer, le chant des cigales et la lumière qui les relie".

"Taormina is nothing but rocks and trees, sky and sea:  cicadas' songs and light unite them together".


"Le paysage est un poème silencieux... Mais à qui est cette tunique posée sur l'arbre ?"

"Landscape is a silent poem... But to whom belongs this tunic left on a tree ?"


"Que fais-tu là, jeune berger, mon ami, mon amant ? Cherches-tu l'ombre d'un arbre, au zenith du soleil ?   Il fait si chaud, tout invite au repos, laisse glisser les étoffes, c'est le temps du sommeil... Jeune berger, mon ami, mon amant, nous nous sommes connus et aimés dans d'autres temps, dans d'autres vies, je ne t'ai jamais oublié, tu es un souvenir, tu es un espoir..."

"What are you doing here, young shepherd, my friend, my beloved one ? Are you looking for the shade of a tree, while the sun reaches its zenith ? Such a hot day, it is time for a rest, let your clothes fall down on the ground, it is time for a sleep... Young shepherd, my friend, my beloved one, we met and we were lovers in another time, in another life, but I never forgot you, you are my memory, you are my hope..."


"Mon ami, mon amant... as-tu rencontré dans les montagnes de Taormina Pan ou Dionysos, les satyres ou les centaures, les dieux qui voyagent à l'écart des cités des hommes, qui parlent aux roches et aux arbres et respirent avec le ciel et la mer ?"

"My friend, my beloved one... did you ever meet in Taormina's mountains Pan or Dionysius, satyrs or centaurs, gods travelling far from the cities of men: they are talking to rocks and trees, they breathe as the sky and the sea..."


"Les satyres de Dionysos, dit-on, voyagent en groupe, nul n'a jamais vu leurs visages, ils ne laissent voir que leur chevelure brune et leurs corps nus et musclés..."

"Dionysos' satyrs, according to the legend, are used to travel together, nobody has ever seen their face, they just allow mortals to grasp their dark hairs and their nude and muscular bodies.."


"Les satyres de Dionysos, dit-on, courent après les nymphes et les ménades et aiment à leur faire peur, dans l'érection de leurs désirs... Cependant, ils ne dédaignent pas les beaux garçons, les bergers à demi-nus rencontrés dans les montagnes. Ils leur tiennent des propos doux comme le miel, des paroles d'amour et de séduction, ils leur chantent des poèmes dans une langue inconnue, et leur parlent d'un désir que seuls les dieux et les garçons comprennent..."

"Dionysius' satyrs, according to the rumor, are chasing nymphs and maenads, and they have fun scaring them off, with their ithyphallic desire... However, they are not neglecting cute boys, the half-naked shepherds they sometimes meet in the mountains. They talk to them with words sweet as honey, words of love and seduction, they sing poems in an unknown language, and they express a desire that only gods and boys can understand..."


"Mon ami, mon amant, jeune berger des montagnes de Taormina, j'aimerais moi aussi t'avoir rencontré, entre l'arbre et le rocher, entre le ciel et la mer. 

J'aimerais te dire moi aussi des mots doux comme le miel, et te persuader que l'amour d'un homme vaut bien celui d'un dieu...

J'aimerais te dire, te dire que... Je ne te rencontrerai peut-être plus jamais sur les chemins de Taormina, mais ta grâce, ta jeunesse me hanteront longtemps... et mes mots d'amour voudraient être doux comme le miel, doux comme les courbes de ton corps...

Mon appareil photographique, mon jeune ami, mon jeune amant, gardera pour toujours l'empreinte des ombres et de la lumière qui dessinent ta silhouette, gracieuse et inoubliable comme une mélodie".

"My friend, my loved one, my young shepherd in the Taormina's mountains, me too, I would love so much to have met you between the tree and the rock, between the sky and the sea.

Me too, I would love to tell you words sweet as honey, I would try to convince you that a man's love is worth being loved by a god...

I would like to tell, to tell you... I will probably never meet you again on Taormina's trails, but your graceful youth will haunt me for ever, and my loving word would dream to be sweet as honey, sweet as the curves of your body...

My camera, my young friend, my loved one, my camera will keep forever the print of shades and light that are outlining your silhouette, graceful and unforgettable as a melody is..."

Von Gloeden Archive, Bucolic poem (about one of my photographs), call number 1898/03/15/7.