Saturday, February 20, 2010
Le livre d'or de von Gloeden / von Gloeden's guest book
Ce cahier garde la trace de tant de visites à Wilhelm von Gloeden... Ces cartes de visite invitent à imaginer les trajectoires de vie et de désir qui ont pu conduire ces hommes (et au moins une femme !) ) à franchir le seuil de la villa-studio de la Piazza San Domenico à Taormina. Certains visiteurs sont peut-être venus de fort loin (Rochester, New York, USA) pour s'entretenir avec von Gloeden de sujets purement techniques, concernant l'art de la photographie, l'art d'impressionner correctement les négatifs et de reproduire des tirages séries (C.E. Kenneth Mees, directeur de la recherche et du développement chez Eastman Kodak Company). D'autres visiteurs n'avaient pas cet alibi technique et ont laissé une trace de leur passage après avoir acheté des photographies de la jeunesse de Taormina, plus ou moins dévêtue.
Ce qui me fascine ici est d'imaginer les multiples histoires individuelles qui se dissimulent derrière ces cartes de visite. Que sont venus chercher ces visiteurs ? Qu'ont-ils choisi dans le catalogue des photographies de von Gloeden ? Avec quelles tirages photographiques sont-ils repartis ? Les paysages de Taormina ou des scènes de genre ? Des garçons drapés ou nus ? Des portraits ou des scènes de groupe ?
Quel était leur regard, quel était leur désir ?
This guest book is the archive of so many visits to von Gloeden's place. These visiting cards invite us to imagine the lives and the desires of men (and at least of a woman) who entered the villa-studio of the Baron, at Piazza San Domenico, in Taormina. Some of these visitors came from remote countries (for example from Rochester, New York, USA) in order to discuss with von Gloeden technical matters related with the art of photography, the way to print a scene on a negative plate, the way to produce a series of positive prints (C.E. Kennethe Mees, director of research and development at Eastman Kodak Company). Many other visitors had not such a technical reason to visit von Gloeden. They left as to say a footprint of their stay in Taormina, of their visit to von Gloeden, when they bought photographs of Taormina's young men, nude or draped in a tunic.
I am so fascinated with the so many personal stories linked with these visiting cards. What were these visitors looking for ? What did they choose in von Gloeden's photographs catalogue ? What kind of photographs did they buy ? Did they choose Taormina's landscapes or scenes de genre ? Did they choose naked boys or boys with loin clothes or tunics ? Portraits or group scenes ?
How their gaze, their desire were tuned ?
Anges de rêve, Princes de nacre (Jacques Fersen)
"Anges rêveurs de Carpaccio,
Lointains et doux joueurs de viole
Dont le regard fervent s'envole
Vers où s'envolent les oiseaux,
Pages aux longues boucles blondes,
Le corps serré dans les damas,
Pages câlins de Mantegna,
Qui partent conquérir le monde,
Enfants Jésus de Raphaël
Dont les doigts fins aux feux des cierges,
Caressent tendrement la Vierge
Ou tiennent de très vieux missels,
Gestes légers et lignes frêles,
Sexe inconnu, sauf dans le ciel,
Où tous vivent près du soleil,
Bien moins encor la fleur que l'aile,
O clair tryptique d'Adonis !"
Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 37-38.
Friday, February 19, 2010
Almost impossible to translate...
Achille Essebac's prose is so French and so... rooted in the early XXth century literary style... It is difficult, almost impossible to translate its writings in English... His style is so lyrical when he describes the beauty of ephebes or of statues of ephebes... There is such a deep feeling, such a vision, so much cultural references as soon as young men bodies are involved...
I love Essebac's style for its sensuality, for its vision, for the gaze and the desire that inspire it.
This French writer has a unique way to sing the beauty of cute young men, the living ones he met during his journey through Italy, the marble or bronze ephebes he admired so much in Italian museums...
Achille Essebac was brave enough to sing a desire, a vision, an aesthetic sensitivity that could be just shocking for readers unable to understand them. His prose is also a testimony about the way Classical Antiquity could be used in order to provide gay love with cultural roots.
Achille Essebac style is so sensual... Few writers, whatever their language is, found such an obvious and a sensual way to describe the young male beauty...
Achille Essebac - Concours de beauté à Elis
"La capitale de l'Elide, Elis, chaque année, réunissait dans un concours les plus beaux parmi les jeunes hommes que contenaient ses gymnases. Les formes parfaites, la distinction et la grâce étaient les conditions indispensables exigées des candidats; ceux-ci désignaient celui d'entre eux qui l'emportait encore sur eux-mêmes par la perfection totale de son corps.
Le vainqueur superbe était conduit devant le peuple dont les vivats affolés saluaient sa triomphante nudité. L'ami qu'il s'était donné couronnait son front de myrtes et de bandelettes et nouait à ses pieds des sandales de pourpre aux ornements de bronze ciselé. Cette unique parure laissant resplendir l'entière pureté de sa chair encore vierge, il allait, sous des flots d'azur et de soleil, dans la gloire d'une marche triomphale, porté jusque sur les places publiques, dans la pénombre fraîche des portiques, sur le parvis des temples.
A la ville orgueilleuse l'enfant dévoilait la splendeur fière et ravie de sa chair offerte aux regards depuis les brodequins pourprés à ses talons jusqu'aux feuillages pâmés dans les boucles brunes de sa chevelure, avec seulement, ombres très douces dans la jolie clarté du visage, l'éclatante obscurité des grands yeux noirs, les pétales rouges des lèvres entr'ouvertes et, avivant la blancheur de sa peau, sur son corps tiède et rose de contentement juvénile, dans les courbes impeccables et le frisson des hanches, l'affirmation soyeuse de sa jeune puberté... Sur lui, la musique lente des flûtes, dans le bruit des cymbales, passait acharnée et caressante. La fixité avide des yeux, les murmures de la foule frémissante, les baisers des femmes l'enveloppaient au passage dans le cortège étincelant et nu de ses jeunes camarades. Les filles énamourées l'épiaient du haut des terrasses et jetaient vers lui, comme vers une divinité, les roses effeuillées, le voluptueux balancement de leurs bras, l'encens de leur haleine, la clameur de leur bouche criant la gloire de la virile beauté dont enfin se délectaient leurs yeux pâmés de désirs...
Et nous allons, nous, dans les musées, presque indifférents, sans savoir ce qu'a coûté la boucle de cheveux mêlée, sur ces jeunes têtes, aux pampres, aux feuillages et aux fleurs ! sans nous douter des magnificences et des voluptés endormies à jamais dans les marbres aux teintes éburnéennes, dans les bronzes couleur d'émeraudes et de saphirs, les uns épanouis comme des fleurs blêmes aux pétales exsangues, les autres comme des fleurs altérées encore de caresses et de louanges dans une extraordinaire nudité de corolles bleues... "
Achille Essebac, Partenza... vers la beauté !, 3e édition, 1903, p. 154-156
Thursday, February 18, 2010
Dream, Desire
"Dear Wilhelm,
Why am I so sensitive to your photographic art ? Actually, all my dreams are just relying on prints of your phortographs, either albuminate or argentic, well, just on paper sheets...
Why your gaze, your aesthetic taste, the instructions you gave to your models are so relevant, so obvious for me ?
This is just a matter of desire, as you know. And desire is as a musical harmony, that creates unique vibrations among the so various instruments of a symphonic orchestra....
Why are you photographs creating so many vibrations in me ?
Because, indeed, there is no desire without vibrations... One can feel harmonics or not, with a woman, a boy or a photograph...
Your photographs of the boys of Taormina open a wide space for dreams, where the caresses of the gaze can meet those of the hand. You have a unique way to catch what makes a boy desirable, even when a Taormina shepherd is disguised as an Athenian shepherd....
Body curves and face, of course... Shyness mixed with a teen boy's virility too... and last but not least, the contour of a chest as well as the position of legs...
Well, in short, just a silhouette and so many signals attracting the viewer's gaze and desire...
Dear Wilhelm, is it possible to fall in love with one of your photographs ? Your model was in
front of your camera and he will be so forever... But your photograph makes him so actual, so close...
Dear Wilhelm, often, I felt in love with one of your models... I know they were not aware of it... Should it be a comfort, or a suffering for me ?
Your friend
Albrecht von F.
Von Gloeden Archive, Letter von Albrecht von F. to Wilhelm von Gloeden, 12.06.1898, call number 1898/06/12/02.
Rêve, Désir
Cher Wilhelm,
Pourquoi suis-je à ce point sensible à votre art photographique ? Après tout, mes rêves ne s'appuient que sur des tirages de vos photographies, albuminés ou argentiques, bref, des feuilles de papier.
Pourquoi votre regard, votre goût esthétique, les consignes que vous avez données à vos modèles ont-ils une telle pertinence, une telle évidence pour moi ?
Tout cela est une affaire de désir, vous le savez. Et le désir est comme une harmonie musicale, qui fait vibrer ensemble différents instruments d'un orchestre symphonique...
Pourquoi vos photographies me font-elles vibrer ?
Parce que le désir, bien sûr, est une affaire de vibrations... On entre en harmonie ou non avec une femme, un garçon, ou une photographie...
Vos photographies des garçons de Taormina ouvrent un espace de rêve, entre les caresses du regard et celles de la main. Vous savez capter ce qui rend un garçon désirable, même lorsqu'un berger de Taormina est déguisé en éphèbe athénien...
Les courbes et le visage, sans doute... la timidité mêlée à une virilité adolescente, aussi... le modelé d'une poitrine comme la position des jambes, enfin...
Bref, une silhouette, une concentration de signaux qui attirent le regard et le désir...
Cher Wilhelm, peut-on tomber amoureux de l'une de vos photographies ? Votre modèle est à jamais au-delà de l'oeil de votre appareil photographique, mais votre photographie nous le rend si présent, si proche...
Cher Wilhelm, je suis souvent tombé amoureux de vos modèles... Je sais qu'ils ne le savent pas... Est-ce une consolation, ou une souffrance... ?
Votre ami
Albrecht von F.
Von Gloeden Archive, Letter from Albrecht von F., to Wilhelm von Gloeden, 12.06.1898, call number; 1898/06/12/02
Kyrie Eleison (Jacques Fersen)
Dans tes yeux assombris par les chagrins d'Amour
Je regarde briller et mourir des étoiles:
Ton regard est la mer où fuyèrent des voiles.
La voile a disparu, la mer reste toujours.
Dans tes yeux furieux par la haine d'Amour
Je regarde passer des caresses lointaines:
Ton regard est le ciel plus doux qu'une fontaine,
Les nuées sont parties, le ciel reste toujours.
Mais dans tes yeux cruels, indifférents d'Amour,
La mer s'est desséchée et le ciel devient vide,
Et c'est comme un désert embrasé et splendide
Où vivait autrefois un joli roi d'un jour !
Jacques Adeswärd-Fersen, L'Hymnaire d'Adonis,
Paris, Librairie Léon Vanier, 1902, p. 20.
Saturday, February 13, 2010
Portrait
"Dear Wilhelm,
Although my life is among Greek and Latin texts of the Teubner series, among the volumes of the Realencyclopädie of Pauly and Wissowa, among the marbles of the Berlin Museum and the papyri of my Seminar library, I have never seen Greek Antiquity so well incarnated as in your Taormina boys. Of Athens ephebes, they have the juvenile grace and indeed the Greek profile, the serenity and the suntanned complexion, and also such a nonchalant way to wear a tunic without covering all their chest.
This new photograph from your studio in the Piazza San Domenico, dear Wilhelm, is a gift that my friend Wolfgang brought back to me from his Grand Tour, Greece and Italy and Sicily, until the Mount Etna slopes.
This portrait makes me dream... This young man so focussed will perhaps enter the Panathenaic procession, walking towards the Acropolis... Or perhaps he is listening to Socrates while he explains that a wise ignorance should be preferred to false knowledge. He could be charmed too by a poet, singing the power of Aphrodite or Achilles' bravery. Or perhaps he is just relaxing, after his training at the gymnasium, after a bath cleaned away sweat and dust from his body ?
Or maybe he is waiting for a friend, for a lover who pays court to him, with words sweet as honey, and who pays hommage to his shining beauty.. ?
Ah, Wilhelm, Wilhelm, I would love so much to leave the world of my library and to enter the world of your photographs...
I would love to be the special one this lad is waiting for...
Your friend,
Friedrich von W.
Von Gloeden Archive, Letter from Friedrich von W. to W. von Gloeden, 12.03.1904, call number: 1904/03/12/05.
Although my life is among Greek and Latin texts of the Teubner series, among the volumes of the Realencyclopädie of Pauly and Wissowa, among the marbles of the Berlin Museum and the papyri of my Seminar library, I have never seen Greek Antiquity so well incarnated as in your Taormina boys. Of Athens ephebes, they have the juvenile grace and indeed the Greek profile, the serenity and the suntanned complexion, and also such a nonchalant way to wear a tunic without covering all their chest.
This new photograph from your studio in the Piazza San Domenico, dear Wilhelm, is a gift that my friend Wolfgang brought back to me from his Grand Tour, Greece and Italy and Sicily, until the Mount Etna slopes.
This portrait makes me dream... This young man so focussed will perhaps enter the Panathenaic procession, walking towards the Acropolis... Or perhaps he is listening to Socrates while he explains that a wise ignorance should be preferred to false knowledge. He could be charmed too by a poet, singing the power of Aphrodite or Achilles' bravery. Or perhaps he is just relaxing, after his training at the gymnasium, after a bath cleaned away sweat and dust from his body ?
Or maybe he is waiting for a friend, for a lover who pays court to him, with words sweet as honey, and who pays hommage to his shining beauty.. ?
Ah, Wilhelm, Wilhelm, I would love so much to leave the world of my library and to enter the world of your photographs...
I would love to be the special one this lad is waiting for...
Your friend,
Friedrich von W.
Von Gloeden Archive, Letter from Friedrich von W. to W. von Gloeden, 12.03.1904, call number: 1904/03/12/05.
Portrait
"Cher Wilhelm,
J'ai beau vivre parmi les textes grecs et latins de la collection Teubner, les volumes de la Realencyclopädie de Pauly et Wissowa, les marbres du Musée de Berlin et les papyrus de ma bibliothèque de Séminaire, jamais je n'ai trouvé l'Antiquité grecque aussi bien incarnée que dans vos garçons de Taormina. Des éphèbes d'Athènes, ils ont la grâce juvénile et le profil grec, la sérénité et le teint bronzé, la manière nonchalante de porter la tunique pour laisser le torse à moitié découvert.
Cette nouvelle photographie de votre studio de la Piazza San Domenico, cher Wilhelm, m'a été rapportée par mon ami Wolfgang qui revient de son Grand Tour, la Grèce et l'Italie, et la Sicile jusqu'aux pentes de l'Etna.
Ce portrait me fait rêver... Ce jeune homme si concentré s'apprête peut-être à prendre place dans la procession des Panathénées qui se met en route vers l'Acropole... Peut-être écoute-t-il Socrate lui expliquer qu'une sage ignorance vaut tous les vains savoirs, ou est-il sous le charme d'un poète chantant les dieux et les héros, les pouvoirs d'Aphodite et la vaillance d'Achille ? Ou peut-être tout simplement reprend-t-il son souffle, après les exercices du gymnase, lorsque le bain a lavé sueur et poussière ?
Peut-être aussi attend-t-il l'ami, l'amant qui le courtise avec des mots doux comme le miel et rend mille hommages à sa beauté resplendissante...?
Ah, Wilhelm, Wilhelm, j'aime tant quitter le monde de ma bibliothèque pour entrer dans celui de vos photographies...
J'aimerais être celui que ce jeune homme attends...
Votre ami,
Friedrich von W.
Von Gloeden Archive, Lettre de Friedrich von W. to W. von Gloeden, 12.03.1904, call number: 1904/03/12/05
J'ai beau vivre parmi les textes grecs et latins de la collection Teubner, les volumes de la Realencyclopädie de Pauly et Wissowa, les marbres du Musée de Berlin et les papyrus de ma bibliothèque de Séminaire, jamais je n'ai trouvé l'Antiquité grecque aussi bien incarnée que dans vos garçons de Taormina. Des éphèbes d'Athènes, ils ont la grâce juvénile et le profil grec, la sérénité et le teint bronzé, la manière nonchalante de porter la tunique pour laisser le torse à moitié découvert.
Cette nouvelle photographie de votre studio de la Piazza San Domenico, cher Wilhelm, m'a été rapportée par mon ami Wolfgang qui revient de son Grand Tour, la Grèce et l'Italie, et la Sicile jusqu'aux pentes de l'Etna.
Ce portrait me fait rêver... Ce jeune homme si concentré s'apprête peut-être à prendre place dans la procession des Panathénées qui se met en route vers l'Acropole... Peut-être écoute-t-il Socrate lui expliquer qu'une sage ignorance vaut tous les vains savoirs, ou est-il sous le charme d'un poète chantant les dieux et les héros, les pouvoirs d'Aphodite et la vaillance d'Achille ? Ou peut-être tout simplement reprend-t-il son souffle, après les exercices du gymnase, lorsque le bain a lavé sueur et poussière ?
Peut-être aussi attend-t-il l'ami, l'amant qui le courtise avec des mots doux comme le miel et rend mille hommages à sa beauté resplendissante...?
Ah, Wilhelm, Wilhelm, j'aime tant quitter le monde de ma bibliothèque pour entrer dans celui de vos photographies...
J'aimerais être celui que ce jeune homme attends...
Votre ami,
Friedrich von W.
Von Gloeden Archive, Lettre de Friedrich von W. to W. von Gloeden, 12.03.1904, call number: 1904/03/12/05
Friday, February 12, 2010
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