Thursday, August 6, 2009

L'éphèbe de Combeloup



Ce beau dessin témoigne des références grecques de Jean-Xavier de Combeloup: ici, le classicisme d'un Polyclète plus que les courbes sensuelles d'un Praxitèle. Ce jeune homme incarne une certaine perfection éphébique, avec son port de tête altier et tendre à la fois, la grâce de ses épaules, la musculature qui modèle le torse et resserre la taille, un imperceptible déhanchement, enfin, induit par l'appui du corps sur la jambe gauche.

Pourquoi l'artiste a-t-il après coup décidé de rayer les avant-bras et de les couvrir de noir sans tout à fait les dissimuler ?

Cet éphèbe sculptural a été mutilé, non par les outrages du temps, mais par le jugement de l'artiste.

Ce voile noir montant de l'extrémité des doigts jusqu'au-dessus du coude m'a fait un instant penser à des gants longs en soie légèrement translucide qui donneraient à notre jeune homme la féminité paradoxale d'une drag queen d'aujourd'hui, se contemplant au miroir de notre regard dans la première étape de son habillage ou au terme de son effeuillage...

Wednesday, August 5, 2009

About Jean-Xavier de Combeloup


If you are fond of vintage homoerotic photography and art (Von Gloeden, Von Plüschow, Vincenzo Galdi..), you should visit the Art Galery "Au bonheur du Jour" in Paris (11 rue Chabanais, 75002 Paris) or visit its website:

AU BONHEUR DU JOUR - Fine Art Gallery, Paris -Photographies anciennes, Vintage Photographies XIXth & XXth century

Its latest exhibition is devoted to a XXth French artist, Jean-Xavier de Combeloup, who travelled through Mediterranean countries, inspired by Greek and Latin traditions as well as by the vision of Baron Von Gloeden or the quest of Roger Peyrefitte.

Combeloup's drawings and paintings offer a unique artistic vision of the young male beauty, between creative variations around  Classical and Neo-Classical references and a kind of intimate visual diary of a young lover and artist fascinated by ephebs of the Antique tradition as well as by boys of his time, met in Italy, Sicily or Egypt.

Beauty, desires, memory, these unique and rare drawings should create many harmonics and feelings among contemporary viewers, especially those who are sensitive to the Arcadian utopia that inspired Gloeden and so many other artists...

Jean-Xavier de Combeloup - Du Vésuve à l'Atlas



Si vous passez par Paris, en ce mois d'août, ne manquez pas les derniers jours de la superbe exposition consacrée à Jean-Xavier de Combeloup par la Galerie "Au Bonheur du Jour" (11 rue Chabanais - 75002 Paris), animée par Nicole Canet, qui depuis plusieurs années, avec courage et talent, invite à découvrir ou redécouvrir l'art de la photographie érotique du début du XXe siècle, féminine ou garçonnière (Von Gloeden, Vincenzo Galdi, Von Plüschow, Lehnert & Landrock, Chatelain...), ainsi que les dessins d'artistes comme Jean Boullet ou Gaston Goor. 

Chacune des expositions de la Galerie "Au Bonheur du Jour"  est accompagnée d'un catalogue à tirage limité, qui offre généreusement les reproductions des oeuvres présentées, en impression de grande qualité.


Je ne connaissais pas Jean-Xavier de Combeloup. Le catalogue de l'exposition nous apprend que cet artiste découvrit très tôt sa vocation, en composant des petits recueils de poésie illustrés dès l'âge de 12 ans. Interne dans un collège de garçons, il suivit une formation de lettres classiques, sans entrain, est-il dit. Du moins acquit-il l'amour du grec et du latin, le virus d'un certain rêve méditerranéen immortalisé par Théocrite, Virgile ou Straton de Sardes, dont les belles poésies garçonnières se déploient dans le livre XII de l'Anthologie Palatine, qu'il convient de lire, comme Combeloup, en grec, et non dans les traductions modernes, trop souvent affadies par des hellénistes sourds à la musique qui se dégage de ces épigrammes du désir. 

Jeune adolescent, notre artiste avait découvert dans le grenier du château familial une collection de 42 épreuves albuminées du baron von Gloeden, héritées du marquis d'Yzumes, son grand-oncle, qui avait fait le voyage de Taormina (son voyage de noces !).

J'imagine la surprise de cette découverte, l'étonnement, la fascination, les harmoniques sensibles...

Bachelier à l'âge de 17 ans, Jean-Xavier part pour l'Italie, gagne sa vie comme garçon de café tout en suivant des cours de dessins dans les académies de Florence et de Rome. Il fut à bonne école.

Ce talent et ce savoir-faire artistiques, il les mit à profit pour saisir dans leur beauté les garçons des rivages méditerranéens de son temps, sur les pas de Von Gloeden, de Roger Peyrefitte et d'autres nostalgiques des Arcadies perdues. Italie, Sicile, Afrique du Nord, Egypte...? Un périple dans le sillage de tant d'artistes et de lettrés, en quête de paradis perdus...



Peintures, pastels ou dessins, les oeuvres exposées sont autant d'odes visuelles à la jeune beauté masculine, vue ou rêvée à travers les canons de la tradition antique et de ses réinterprétations modernes dans l'art de photographes comme Von Gloeden et Von Plüschow.

Ephèbes pensifs aux poses alanguies, ragazzi aux yeux sombres, garçons rêvés comme à travers la chambre noire de Gloeden, beauté des corps juvéniles saisie dans le vif d'un croquis ou le halo d'un souvenir, koûroi grecs qui ont pris vie, le temps de se figer sous le crayon de l'artiste.... Entre-deux d'une rencontre, archive d'un désir, mémoire d'un éveil ou d'une caresse, musique des sens, prégnance d'une pose du corps ou d'une moue du visage, inoubliables...

Les dessins de Jean-Xavier de Combeloup participent d'un art de la mémoire et sont autant de fragments sensibles d'un journal amoureux...

Chacun  de ces dessins a une âme et une histoire, comme le suggèrent les carnets de l'artiste, exposés sans qu'on puisse les feuilleter, qui racontent, devine-t-on, de longs voyages dans les mondes de la beauté, du désir et de la mémoire....

Ces dessins parlent et chantent, du moins à mes yeux...

Tuesday, August 4, 2009

Les amitiés particulières



Impossible de mentionner le nom de Roger Peyrefitte sans évoquer son célèbre roman, Les amitiés particulières, publié en 1944 et couronné en 1945 par le Prix Renaudot. Parmi les très nombreuses éditions de ce récit sensible qui a accompagné des générations d'adolescents, j'ai choisi cette belle couverture. Un de mes lecteurs connaîtrait-il le nom de l'auteur de ce dessin ?

Une autobiographie romancée de Von Gloeden


Roger Peyrefitte
Wilhelm von Gloeden
Paris, Editions Textes Gais, Juin 2008.
ISBN: 13 978-2-914679-30-5

Introduit par une préface d'Alexandre de Villiers, exécuteur testamentaire de Roger Peyrefitte, suivi par une cinquantaine de reproductions de photos de Von Gloeden, provenant de la collection de R.P., ce livre attachant reproduit un texte qui figurait originellement dans Les amours singulières (1949).

Cette autobiographie romancée conduit le lecteur dans la vie et l'oeuvre de Wilhelm von Gloeden, en mêlant pièces d'archive, témoignages divers, une lecture poétique des photographies du célèbre Baron, et surtout une connaissance sensible et profondément empathique de Taormina, de ses paysages et de ses habitants parmi lesquels Roger Peyrefitte séjourna longuement.

Ce beau texte, superbement écrit, mêlant tendresse, poésie et parfois ironie, retrace la genèse de l'oeuvre photographique du Baron, ses liens avec la jeunesse de Taormina comme avec tous les amateurs qui firent le voyage de Sicile pour rencontrer le maître et ses beaux modèles.

On regrettera cependant que la qualité de reproduction des photographies de Von Gloeden ne soit pas à la hauteur de leur valeur artistique...

Monday, August 3, 2009

Regard



J'aime l'élégante nonchalance de la pose de ce garçon, adossé contre un mur blanc, prenant appui sur sa jambe droite pendant que la jambe gauche est repliée de manière à créer un léger déhanchement, trop subtil pour ne pas avoir été mis en scène par Von Gloeden. La main gauche empêche de glisser un tissu qui, de l'épaule à la hanche, voile autant qu'il encadre un beau buste dont le soleil révèle le tendre modelé.

Une couronne (de lierre ?) entremêlée à la chevelure donne une tonalité dionysiaque à un beau visage que je devine bronzé par le soleil des collines de Taormina. Ce qui me frappe est l'acuité du regard fixant l'objectif, et derrière celui-ci, Von Gloeden, absorbé dans la prise de vue, et derrière Von Gloeden, vous et moi, un siècle plus tard, qui regardons cette photo.

Le charme de cette dernière vient à mes yeux du contraste entre la feinte décontraction de la pose et ce regard perçant, qui interroge, avec intelligence, le désir du photographe et de ceux que fascinera cette photographie.

A ce désir, curieux, lucide, attentif, éveillé et peut-être inquiet, cet éphèbe s'est prêté volontiers, jouant de la séduction de sa beauté et d'un drapé qui cache autant qu'il dévoile...

Sunday, August 2, 2009

To the readers of my blog...




First, you are very welcome !

I am sorry if the main language of my blog is not yours... I feel anyway you could catch its essential meaning from the pics I post.

I will try to provide you with English summaries of my posts and I would love you to visit my blog...

Let me try to explain in a few words what this blog is about...

My intent is to made sense with, and eventually to share, my fascination for vintage gay mythology and imagery. I just love attempts and achievements of artists such as Von Gloeden, Plüschow and a few others to invent a new visual language for linking homoerotic desire and sensitivity, rooted in Classical Antiquity and Classical studies, to a new technology: photography, allowing the mechanic reproduction of pictures.

In the late XIXth century and early XXth century, Sicilia and some parts of Italy, such as Naples or Capri, provided the pioneers of this cultural trend and of this sensitivity with an unexpected play ground.

How did Baron Von Gloeden succeed in being part of the Taormina community, how did he persuade the ragazzi of the village to model for him and to collaborate with his artistic projects ? Such questions belong to history, more likely they cannot be totally answered...

My intent in this blog is a free poetical dream and comment about some of these pics, as well as about some of the texts that are their background or their context...

Photographers, artists, poets, writers, at the turn of the century, between XIXth and XXth, dreamt about lost paradises, about Arcadian worlds, about Classical Antiquity, as ways to express, to talk about, to live forbidden desires...

I am interested in the process through which a part of the gay modern identity was built up through a visual, conceptual and sensitive archaeology of its Antique and Arcadian roots.

Sociabilités

NibbleBit.com

A l'heure du WWW et de ses innombrables sites gay, où de beaux garçons se donnent à voir sous tous les angles, en albums .jpgs, en vidéo ou cam shows, il est sans doute difficile d'imaginer comment pouvait s'exprimer et s'affirmer le désir homosexuel à la fin du XIXe et au début du XXe siècle.

Le tirage photographique, d'après une plaque matricielle, était le seul moyen de diffuser l'imagerie qui répondait à ce désir.

Il faudrait écrire l'histoire de la diffusion des images du baron Von Gloeden, de leur circulation européenne, des amateurs, lettrés, esthètes et aristocrates qui firent le voyage de Taormina, des réseaux de collectionneurs qui permirent la sauvegarde d'une partie de ces photos de l'autodafé fasciste.

De main en main, les tirages originaux de ces photographies n'en finissent pas d'inspirer rêve, désir et nostalgie... Si nombre de publications contemporaines permettent, peu à peu, de reconstituer l'ampleur de l'oeuvre artistique de Von Gloeden, les fac simile et reproductions modernes ne restituent qu'une petite partie de l'émotion qu'inspirent les originaux: unicité d'une image qui a son histoire et a fait son chemin de regard en regard, patine vintage, piqûres du temps qui viennent ponctuer la surface visible...

Une photographie authentique de Von Gloeden est comme un palimpseste donnant à lire le désir et la fascination de tous ceux qui l'ont tenue entre les mains...

Sourire



Il me plaît d'imaginer ce moment où les garçons de Taormina réprimaient leur fou rire ou simplement leur sourire pour prendre la pose et regarder d'un air absorbé, le temps de la prise de vue, une fleur tenue du bout des doigts tandis que les fesses nues prennent un léger appui sur le rebord d'un élégant vase en pierre.

A quoi pouvait donc penser cet éphèbe nu, dont la brune chevelure est ceinte d'un bandeau blanc, qui offre à l'oeil mécanique du baron Von Gloeden le modelé de sa poitrine imberbe, l'inclinaison pensive de son visage, ses jambes pudiquement serrées, au milieu d'un jardin paradisiaque, le paradeisos des rois Perses, le jardin plein de fleurs et d'oiseaux de Von Gloeden lui-même ?

J'aime ce regard qui, pour toujours, se dérobe au notre, et préfère s'absorber dans la contemplation d'une fleur plutôt que dans le face à face avec une lentille d'appareil photographique, qui l'aurait obligé à sortir du monde qui est le sien...

Jardin plein de fleurs, fleur de la jeunesse, garçon en fleur...

Comme souvent avec Von Gloeden, le temps de la pose saisit un instant d'éternité...

Méditerranées




L'art photographique du baron Von Gloeden crée un monde rêvé plus qu'il ne ressuscite un monde oublié: il lui donne corps et vie en multipliant les harmoniques entre la tradition classique et la vision construite par une médiation technique, icône d'une nouvelle modernité. La mise en scène est soigneusement étudiée. Les modèles tiennent la pose, malgré la nonchalance et le naturel des attitudes, le temps d'offrir sans bouger les variations de lumière qui se fixeront sur la plaque photographique. Couronnes et bandeaux, draperies et tuniques, grain de la pierre et velouté des corps, chaque détail de la scénographie est soigneusement étudié: la photographie doit se voir comme un tableau. L'inclinaison de la tête comme la cambrure des reins, le profil du visage comme la jambe en triangle qui s'appuie sur un muret, le miroir des nudités, la tension de l'un et la détente de l'autre: les corps masculins sont donnés à voir dans une mise en scène qui mêle les références picturales et statuaires.

Les regards qui ne se croisent pas laissent deviner comme une dissymétrie entre les deux éphèbes: le plus jeune regarde l'autre, l'autre, plus âgé, est absorbé dans la contemplation de ses mains. Temps suspendu d'une question attendant une réponse ? d'un désir qui ne trouve pas les mots pour se dire ? Négligence de l'un pour le désir de l'autre ? Ou simplement l'éternité d'une photographie pour y répondre à temps ?

Ces deux garçons, comme tous les autres ragazzi mis en scène par Von Gloeden au début du XXe siècle, sont aujourd'hui poussière et cendre. La photographie les a immortalisés dans leur jeunesse et leur beauté, dans une scène qui, au-delà de ses références classiques, n'en finit pas de questionner le spectateur moderne sur son sens caché comme sur la musique échangée par ces deux regards qui ne se croisent pas.